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21 janvier 2019
Alain Lipietz

Le retour de l’insécurité

Flambée d’incendies et de cambriolages ciblés à Villejuif. Nous sommes revenus aux temps inquiétants de 2012-2015. Pour le maire, cette série noire était « accidentelle ». Déni de réalité…

Cette nuit du 21 janvier à 2 h 30, une voiture municipale a été volontairement incendiée, rue du 11 novembre, devant un témoin qui a immédiatement appelé le 17, à une vingtaine de mètres de la résidence du maire, mais surtout à trois mètres d’un hôtel social peuplé d’enfants.

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La nuit
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Le matin

Cet attentat aux risques humains vertigineux, qu’il faut condamner fermement, fait suite à une série d’incendies de voitures, en décembre dernier au Vercors, la semaine dernière dans un parking souterrain à Pasteur, ce qui a entrainé l’évacuation des habitants, et à une série ininterrompue de cambriolages dans un immeuble récent, rue Jean-Jacques Rousseau, qui lui-même avait été victime d’un incendie à la fin de sa construction.

Un racket ?

Le Parisien a décrit la « psychose » des Villejuifois. Le maire déclarait alors que cette série noire est accidentelle (les voitures s’enflammeraient toutes seules ?). Ce discours lénifiant est désormais impossible, l’attentat de cette nuit ayant eu un témoin.

Cette « série noire » nous renvoie aux heures sinistres de la fin du mandat de Mme Cordillot, quand brûlaient la pelouse artificielle du stade de Lamartine et le Centre Eugène-Candon, quand la maire devait se déplacer avec un garde du corps. Le sentiment d’insécurité fut l’une des causes principales de la victoire de l’Union citoyenne aux élections de 2014. L’Avenir à Villejuif participa à la nouvelle majorité, jusqu’à ce que nous découvrions les manœuvres immobilières du maire. Nous avons été obligés de signaler à la Procureure de la République ces dérives allégués, et nous avons quitté la majorité Le Bohellec.

Pendant ces deux années de présence en mairie, nous avons appris les hypothèses qui couraient dans les services municipaux sur les attentats de la période Cordillot : rivalités pour les cadeaux de voyages exotiques au titre des « projets jeunes », affirmation du pouvoir des petits caïds sur certains quartiers en terrorisant les travailleurs sociaux...

Dans un premier temps, la victoire de l’Union citoyenne sembla relancer ces attentats d’intimidation : incendies quasi-hebdomadaires des voitures de la municipalité, attentats devant les écoles Lamartine et Jean Vilar (celui-ci provoquant l’explosion d’une canalisation de gaz et l’évacuation d’un immeuble), puis carrément incendie de la mairie. Le maire nous affirma alors que la police avait identifié des suspects. Depuis, aucune information n’a été donnée aux Villejuifois sur cette série d’attentats dangereux et coûteux pour les contribuables villejuifois.

Le Parisien suggéra à l’époque qu’une partie de ces attentats sanctionnait des « promesses électorales non tenues » (genre : un City-stade au pied de la cité Jacques Duclos, farouchement refusée par les habitants). Faut -il penser que les attentats de ces derniers jours soient explicables de la même façon ?

Ces incendies et cambriolages ciblés ne sont pas évidemment pas des accidents, ni des attentats islamistes (qui auraient été revendiqués). On ne peut pas exclure des jeux et la bêtise, tant celle-ci est illimitée. Mais le plus probable effectivement est qu’il s’agit de « rackets » de type mafieux (promesses non tenues par le maire ? rivalités entre bandes ? pot de vin non versés ? etc). Et il s’agit alors probablement de différents rackets, sans autres liens entre eux que "l’atmosphère de non-droit" installée dans la ville par le maire, par son mépris de la légalité républicaine et par l’affairisme immobilier.

Quelles réponses ?

Dès 2013, les Ateliers de l’Avenir à Villejuif ont organisé une discussion publique en invitant des spécialistes nationaux de la sécurité. Sur cette base, nous avons fait campagne en 2014 en insistant sur le besoin d’une police municipale (puisque l’État ne nous offrirait jamais une police nationale à la mesure des demandes de Mme Cordillot : une cinquantaine de policiers en tenue et une trentaine en civil), mais aussi sur le besoin d’une tout aussi vaste politique de prévention, avec de le recrutement de nombreux animateurs et le développement des « structures ouvertes » pour l’accueil des enfants et adolescents.

Face à la persistance de la violence, en particulier le « crime des Lozaits » (un ado en égorge deux autres), nous avons organisé, quand nous participions à la majorité, une large « réunion exploratoire » à laquelle le maire n’a donné aucune suite après notre départ. De même, l’excellent travail d’un bureau d’étude, Spallian, sur la sécurité a été caviardé après notre départ, amputé de ses recommandations sur la prévention par le développement de la vie associative et des structures ouvertes.

Car, après notre départ de la majorité, la politique du maire s’est intégralement tournée vers la répression et le seul recrutement d’une police municipale (absolument nécessaire, comme nous y avions insisté), la prévention étant limitée à … une « vidéoprotection » très coûteuse et parfaitement inefficace. Aujourd’hui c’est un sujet de plaisanterie : le mât des caméras de surveillance, sur le principal « spot de deal », rue Henri Barbusse, est régulièrement scié, et, aux pieds des caméras, on trouve le matin des cadavres de bouteilles d’alcool provocatrices.

Quant à la police municipale, les habitants commencent à se plaindre qu’elle ne fait rien : ni dans le cul-de-sac de la rue Jean-Jaurès au voisinage du chantier de métro où se sont installés des dealers, ni dans le hall des HLM du centre-ville où l’OPH demande aux habitants de payer une surtaxe pour financer... une troisième police, privée celle-là ! Quand on aborde la question de cette étrange inaction, le maire préfère interrompre le conseil municipal.

Il ne faut pas accabler notre police municipale. Elle reçoit du maire ses consignes d’action ou d’inaction. Ses mauvaises conditions de travail provoquent en outre un flux permanent de démissions : on ne voit jamais les mêmes tètes alors que l’Union citoyenne promettait une police de proximité cordialement liée à la population.

Surtout le maire a oublié cette règle absolue : la répression n’intervient qu’après le crime ou le délit. Pour éviter crimes et délits, une seule solution : la prévention. La prévention passe par l’éducation de la jeunesse, en lui offrant d’autres perspectives que s’engager comme guetteurs dans les bandes de dealers. Ce n’est pas d’effet immédiat, ce n’est pas spectaculaire. Mais préfère-t-on à la place des incendies spectaculaires ?

Un exemple : les « structures ouvertes » aux ados. Ce sont les vraies alternatives aux gangs qui cherchent à contrôler les très jeunes des quartiers. Au lieu de les développer massivement, comme nous le demandions, le maire n’a cessé de diminuer leurs moyens de fonctionnement. Pour finir, il a fermé la structure ouverte du quartier Alexandre Dumas, un des plus difficiles. A-t-il calculé combien d’enfants allaient de ce fait tomber dans les filets des dealers ? Combien de mamans désespérées verraient leurs enfants leur échapper et ruiner leur vie ? Combien de voisins du quartier nord-ouest, de la rue Grosmenil à Jean-Jacques Rousseau, allaient souffrir de cet abandon de la jeunesse ?

Aux prochaines élections municipales, nous nous opposerons fermement à toute tentative de supprimer la police municipale. Mais tout aussi fermement à l’argent gaspillé dans les gadgets inefficace de la video-surveillance. Et surtout nous proposerons une ambitieuse politique de prévention.

Post-scriptum

Dans un communiqué de presse, le maire reconnaît (il l’avait caché même à la police municipale présente sur les lieux toute la matinée !) que la voiture incendiée était sa voiture de fonction, et reconnaît enfin le caractère volontaire de cette série noire. Mais il accuse les mafias ou… ses opposants politiques (nous ? M. Harel ? les socialistes ? les communistes ? la France insoumise ?)

Cette accusation en l’air est inqualifiable, et nous exigerons des excuses au prochain conseil municipal. Autant on ne pouvait absolument écarter, juste après les élections municipales, l’action de quelques esprits encore surchauffés, autant aujourd’hui une telle accusation apparaît aussi grotesque qu’indigne.

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