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12 décembre 2018
Alain Lipietz

La police municipale a-t-elle maltraité des lycéens de Villejuif ?

Si les parents d’élèves sont unanimes à dénoncer la violence de la répression contre leurs lycéens, les accusations contre la police municipale de Villejuif sont plus controversées.

La violence disproportionnée de la police nationale contre les lycéens ne touche pas que les lointaines Yvelines et les cités désespérées. En Val-de-Marne aussi (y compris dans les banlieues résidentielles) elle provoque l’indignation et surtout la terreur des parents qui voient parfois leurs enfants rentrer blessés d’une manif qu’ils croyaient pacifique.

Pas d’angélisme : les actes de violences de certains jeunes déscolarisés, privés d’avenir, parasitent parfois ces manifestations lycéennes. A l’inverse, des dealers, dérangés dans leur business, prêtent parfois main forte aux forces de police pour disperser les lycéens.

Le lycée Darius Milhaud, à cheval sur Villejuif et le Kremlin-Bicêtre, est le théâtre d’un incident plus grave : des enfants ont été bombardés par des tirs de grenades, humiliés (« Je vais t’enfoncer ma matraque dans le cul »), des élus du Kremlin-Bicêtre ou du Conseil départemental malmenés par des policiers.

Oui mais … police nationale ou police municipale ? Au conseil municipal de Villejuif, mardi 11 au soir, des élus communistes affirmaient avec force que la police municipale avait participé à ces violences, tirant des grenades sur les lycéens et participant aux humiliations. Le Parisien s’est fait écho de ces graves accusations

Pourquoi ce serait grave ?

« Graves accusations » parce que la police municipale a été directement recrutée, avec l’argent des Villejuifois, pour protéger les Villejuifois et pas pour taper sur leurs enfants.

Rappelons-nous. Pendant des années, devant la prise de contrôle de nombreux quartiers de Villejuif par l’économie de la drogue, l’ancienne maire, Claudine Cordillot, s’est contentée de demander à l’État de déployer sur Villejuif la police nationale. Elle ne demandait pas moins d’une cinquantaine d’ilotiers (les anciens « sergents de ville ») et rappelait une évaluation antérieure de « 127 agents en tenue et une trentaine en civil pour Villejuif ». Naturellement, aucun gouvernement n’offrit rien de tout cela.

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Mme Cordillot et sa demande de policiers, VNV, mai 2000

Fallait-il camper dans la résignation, en attendant un « commissariat de plein exercice » ? Notre association L’Avenir à Villejuif prit l’affaire en main en 2013, organisa un atelier avec la population et les experts et avança dans son programme la création d’une police municipale, à combiner avec des animateurs, éducateurs et médiateurs. Nous avons convaincu les autres listes d’opposition, même si cela nous agaçait que les Villejuifois paient avec leurs impôts locaux une police que l’État aurait dû leur fournir.

Il y eut d’ailleurs un vif débat public dans nos rangs pour savoir s’il serait possible de payer cette police et de lui faire respecter les prescriptions du rapport Mechmache sur la Politique de la Ville. En tous cas, le programme de l’Union citoyenne stipulait « une police municipale attentive et respectueuse. »

Mais depuis notre élection, la droite a empêché tout débat public sur la politique de sécurité. Nous avons pris l’initiative d’un nouveau débat « Face à la violence dans Villejuif » mais, depuis notre départ, c’est le couvercle sur la marmite et il ne faut plus parler de prévention ni discuter de l’armement ou pas : juste recruter des policiers.

Que s’est-il vraiment passé ?

Le récit des communistes Villejuifois m’a fait tiquer : jamais en Comité technique ni en conseil municipal il n’a été question d’équiper les agents municipaux de lance-grenade. Et comment repérer, sous leurs casques et gilets blindés, les petits écussons distinguant police municipale et nationale ?

Par ailleurs, il particulièrement dangereux d’affecter au maintien de l’ordre une police municipale vouée à la « police administrative » (la prévention et non le combat). Déjà, on se plaint en ville que les policiers municipaux n’osent même pas affronter les dealers qui s’installent et les commerçants qui s’étalent sur le trottoir !

Nos adhérents du quartier nord de Villejuif nous avaient avertis des incendies de voitures dans le parking de Vercors puis deux autres dans la rue, mais indépendamment semblait-il de la manif des lycéens de Darius-Milhaud. Mais nous n’avons pas de témoins directs des incidents avec les lycéens.

J’ai discuté mardi soir avec des policiers municipaux de la nouvelle équipe de nuit. Ils viennent de lointaines banlieues, en ont connu d’autres bien plus dures, confirment ce que nous savions déjà : que Villejuif est relativement calme, parce que les dealers contrôlent tout y compris le trafic d’armes, pas de violence tant qu’il n’y a pas de guerre de gangs.

Pour eux, qui ne sont pas non plus témoins directs, il est impensable que la menace de « bâton dans le cul » vienne d’un collègue de la Police municipale, car « il se serait fait aussitôt engueuler », mais crédible de la part de policiers nationaux. Ils confirment que la Police municipale n’est pas équipée de lance grenade. Selon eux, les collègues d’équipe de jour ont été sollicités par la Police nationale pour « faire la circulation » pendant que les policiers nationaux menaient l’assaut contre les lycéens.

Encore une fois il ne s’agit pas de témoins directs. Affaire à suivre donc.

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Commentaires

1 Message

  • Alain Lipietz 15 décembre 2018
    14:40

    La remarque du policier municipal jugeant vraisemblable les reproches faits à la police nationale semble corroborée par l’attitude générale de la police nationale dans le département, qui semble vouloir "nettoyer les lycées aux karcher" et prennent nos enfants pour de la caillera. Les parents sont inquiets : voir Le Parisien. Les avocats des lycéens portent des accusations particulièrement graves, des lycéens auraient été frappés et gazés à l’intérieur même d’un fourgon de la police. La réponse de Mme la Directrice de la sécurité publique 94 est encore plus inquiétante. Selon elle, les enfants blessés l’ont été par des balles de flash-ball « de rebonds ». On imagine alors ce que peut être l’effet d’un tir direct !

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