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2 septembre 2017
Alain Lipietz

Bourse du travail : climat délétère

Suite à l’expulsion exigée (et obtenue en référé) de la Bourse du travail, une manif syndicale s’est terminée vendredi par une occupation de la mairie. Nous n’approuvons pas cet acte de violence, mais qui a déclenché dans Villejuif ce climat de guerre civile ?

Résumé des chapitres précédents.

Nous vous avons raconté le coup porté par le maire à la faveur des vacances : le 28 juillet, il demande à la justice l’expulsion des syndicats de la Bourse du travail sous deux mois, afin de la vendre. Ce qui lui est accordé en première instance le 9 août. Les syndicats, non prévenus, font appel.

Lorsque nous faisions encore partie de la majorité d’Union citoyenne, les groupes municipaux de droite et le groupe de Ph. Vidal (futur groupe En Marche), ont déjà tenté, en janvier 2015, de vendre la Bourse du travail. Déjà nous nous y sommes opposés. Déjà les syndicats ont empêché la tenue d’un conseil municipal.

Finalement nous avions obtenu du maire, dans son communiqué du 4 février 2015, l’engagement : « La bourse du travail , 16 rue Jean-Jaurès ne sera pas fermée. »

Les négociations se sont alors engagées sur la prise en charge par les occupants du nettoyage, du chauffage et de l’électricité. Après notre départ de la majorité, en janvier 2016, le maire n’a pas poursuivi ces négociations. En février 2017 les groupes de droite et le groupe En Marche, qui constituent encore la majorité municipale, prévoient à nouveau de vendre ce bel immeuble, mais n’en parlent pas au Conseil municipal et, en mars, ne l’inscrivent pas au budget voté pour l’année 2017 ni au Plan pluriannuel d’investissement.

C’est donc de façon illégitime (voir la Note ci-dessous) que, profitant du vide des vacances, le maire demande du tribunal administratif – et obtient - l’expulsion sous deux mois des syndicats, afin de vendre le bâtiment. Même En Marche, d’accord sur le fond, proteste contre la violence du procédé.

L’occupation

Hier vendredi, environ 500 personnes, à l’appel des syndicats, se rassemblent pour protester devant la Bourse du travail. Le rassemblement débouche sur une manifestation jusqu’à la mairie. Le maire-adjoint à la culture, venu courageusement discuter sur le parvis, fait un malaise. Les manifestants demandent à être reçus par le maire, qui, comme toujours, refuse. Une cinquantaine de manifestants entrent alors dans la mairie.

Drapeaux CGT, FO, CFDT , PCF devant la mairie (photo 94-Citoyens)

Au lieu de les recevoir et de rouvrir les négociations que, selon lui, il ne faisait qu’appeler de ses vœux depuis plus d’un an, le maire abandonne son bureau pour se cacher dans un autre bureau, et appelle la police. Lisez ici le tableau apocalyptique qu’il fera de cette occupation dans un communiqué sur le site de la ville : bureaux des agents de la mairie mis à sac, deux victimes…

Nous n’étions pas dans la mairie. Le témoignage du maire peut être vrai ou pas : il nous a tant habitué à un lien parfaitement aléatoire entre sa parole et la vérité, que ce qu’il dit ne peut plus représenter un témoignage solide. Exemple : dans la foulée il publie un second communiqué où il présente à sa manière les évènements de 2015… en oubliant tout simplement son communiqué du 4 février (« la Bourse du travail ne sera pas fermée »). Selon lui, la rupture de cette promesse (un an et demi plus tard !) viendrait de ce que les syndicats n’ont pas donné suite « en mai 2016 » à sa proposition de prendre à leur charge « le nettoyage et les fluides ». Si c’était ça l’enjeu, il lui suffisait de ne plus payer ces deux services !

La version « pacifique » des syndicats est quelque peu différente, et la presse donne des images, vidéos et témoignages accréditant les deux versions : voyez Le Parisien, 94-Citoyens, LCI. Mais, chose amusante, le reportage le plus complet, de quart d’heure en quart d’heure, sur la manif, le malaise du maire-adjoint, l’occupation de la mairie et l’expulsion par la police, nous est offert par… Russia Today, « instrument de propagande au service du gouvernement russe et de sa politique étrangère » selon wikipedia, et qui donc, avec V. Poutine, a soutenu l’ascension de Marine Le Pen

La politique à Villejuif, ça devient compliqué.

Notre position

Ça devient compliqué et même délétère.

La cinquantaine de syndicalistes qui sont entrés dans la mairie pour y imposer la reprise des négociations avec le maire ne se rendaient sans doute pas compte de la violence symbolique qu’il y a à occuper le bureau du « premier magistrat de la Ville », incarnation locale des institutions de la République. Ce n’est pas le bureau du DRH d’une entreprise privée !

Mais ne soyons pas faux-cul, ne renvoyons pas les adversaires dos à dos. Le maire savait, lui, parfaitement, parce que ça fait bientôt deux ans qu’on en discute, la violence symbolique qu’il y a à fermer et vendre unilatéralement une Bourse du travail, présente sur Villejuif depuis des décennies, elle aussi incarnation de notre « République indivisible, laïque, démocratique… et sociale » (art. 1 de la Constitution de 1958, que le 1er magistrat a le devoir de défendre) . Et cela en dépit de son engagement solennel de février 2015. Sans compter l’illégalité qu’il y a à procéder à la vente, non prévue au budget voté, d’une propriété de la commune. Ni la lâcheté qu’il y a à perpétrer son mauvais coup sans prévenir personne, au cœur de l’été.

« Ils sèment le vent : ils récolteront la tempête ! » Un maire qui, ayant rompu avec ses alliés, ne représente plus que 11,4 % des Villejuifois, doit comprendre qu’il est au service de tous et non le propriétaire de la Ville. C’est sa politique qui dévalorise l’institution municipale.

Il faut immédiatement enrayer cette dérive, cette violence institutionnelle qui gangrène Villejuif tout autant que les trafics, cette persécution des agents municipaux entraînant maladies, dépressions et déjà un suicide, cette destruction systématique de toutes les structures d’animation culturelle, syndicale ou associative. Le maire doit respecter son engagement de février 2015, et sur cette base négocier un juste partage des coûts d’entretien de cette Bourse du travail à laquelle les Villejuifois sont attachés (qu’il essaie un referendum, s’il en doute !)

Nous avons fait des propositions pour un usage plus efficace du bâtiment rue Jean Jaurès, du jardin de derrière et des deux petits pavillons du fond. Que les négociations reprennent au service des Villejuifois.

***

Note. Il s’agit là d’un point de droit compliqué. La vente de la Bourse du travail a été explicitement écartée, par le maire lui-même, en février 2015. Pourtant, selon la presse, la demande du maire présentée au tribunal pour faire expulser la Bourse du travail du 16 rue Jean-Jaurès (demande dont il n’a pas informé les conseillers municipaux : nous devons donc nous en tenir aux infos de la presse) est motivée par la nécessité de vendre ce bien afin de financer l’école des Réservoirs. Or cette vente n’a jamais été réexaminée en Conseil municipal, seul organe habilité à prendre une décision de cette importance, et surtout pas pour financer l’école des Réservoirs.

Pourtant le maire n’a pas hésité, selon la presse, à présenter au tribunal, mensongèrement, le principe cette vente comme acquis. Peut-être trouvera-t-il une majorité pour avaliser cette vente après-coup, mais ça, c’est strictement illégal. Naturellement il fera valoir que c’est la vente elle-même et non la décision de vendre qui serait illégale, ce qui ne manquera pas d’être débattu en appel, mais en tout cas ce procédé est parfaitement illégitime et profondément écoeurant. Le maire n’a qu’une délégation de la part du Conseil, il n’est pas le propriétaire privé des biens de la commune.

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Commentaires

2 Messages

  • Alain Lipietz 4 septembre
    13:33

    Le maire, dans son communiqué, écrit : "Un adjoint au maire, qui s’était retrouvé quelques instants plus tôt bousculé dans le bureau du maire [au premier étage], est tombé inconscient sur le parvis." Faut-il comprendre qu’il a été défenestré ? Non, quand même pas ! Cet adjoint a dû redescendre à pied, sinon, il serait pire qu’"inconscient"…

    Tiens donc ! Des maires adjoints pouvaient entrer et sortir en même temps que les occupants dans la mairie, tandis que le maire lui-même... Au fait, où était-il ? « Chassé de son bureau par les occupants » dit le communiqué cité par l’article. Et donc remplacé par le maire adjoint qui ensuite y est « bousculé » ? Et le maire, il est aussi « bousculé » ? Non, « chassé ». Et il s’est laissé faire ? Sous la menace ? En tout cas le maire utilisera (sur LCI , etc) le malaise du maire-adjoint pour « prouver » le caractère violent de l’occupation.

    Trêve de plaisanterie. Le tableau apocalyptique du communiqué du maire ne correspond – sur ces points-là du moins - à aucune réalité, et malheureusement pour lui, plusieurs smartphones ont tout filmé, comme c’est la règle de nos jours. Bizarrement, c’est Russia-Today qui a le plus couvert l’ensemble de l’après-midi.

    Le maire adjoint en question (pourquoi taire son nom ? des dizaines de personnes l’ont vu) n’est autre que Alain Caporusso, délégué à la culture et à l’action sociale. Quand la manif arrive sur le parvis, il va dialoguer, courageusement. En fait il fait simplement son devoir, quand le maire et les autres adjoints présents se terrent dans les étages. Il monte ensuite avec les syndicalistes demander une entrevue avec le maire, et constate avec eux que celui-ci est parti se cacher. Il redescend sur le parvis, discute avec les autres, et là, sans soute sous le coup de l’émotion, fait un malaise (sans gravité). Et qui lui porte secours ? On le voit très bien sur Russia Today : la conseillère départementale communiste, venue en écharpe tricolore, qui se trouve être par ailleurs agente hospitalière ! Détail amusant : interviewée par RT, elle respecte strictement le secret médical. Et on voit qu’il n’y a plus grand monde sur le parvis, personne n’y a bousculé A. Caporusso.

    Il est certain que des dossiers ont été jetés par terre (il y a partout des sots qui ne comprennent pas que, dans une « occupation », geste symbolique déjà très fort et contestable, tous les détails peuvent être utilisés contre la cause qu’ils défendent : ce ne sont pas « les profits des patrons » qu’il y a dans ces dossiers, mais l’organisation de la vie quotidienne et les demandes des citoyens d’une ville de 60 000 habitants). Il est possible que, dans cette ambiance, un agent caché dans un bureau ait fait lui aussi un malaise, qu’une autre personne se soit fait mal en tentant de bloquer une porte face aux manifestants. Mais le plus grave est le mot « bureaux pillés ». Il y aurait donc eu de vols ? De quoi exactement ? D’ordinateurs ? Et la police qui escorte la sortie des occupants, les laisse repartir avec leur butin ? On n’en sait rien, car le communiqué du maire, visiblement mensonger sur le cas Caporusso, peut avoir menti sur d’autres détails… ou pas.

    Mais le plus énorme mensonge est là : le maire s’y était engagé, « La bourse du travail , 16 rue Jean-Jaurès ne sera pas fermée. » .

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  • Alain Lipietz 21 septembre
    23:15

    Dans Le Parisien, le maire adjoint Alain Caporusso dément les violences dont il aurait été victime lors de l’occupation de la mairie de Villejuif. Il la décrit comme "plutôt bon enfant".

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