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Conseil municipal du 9 décembre (1)

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11 décembre 2016
Alain Lipietz

Droite et communistes font bloc pour l’incinérateur d’Ivry

En conseil municipal, la droite villejuifoise rallie le PCF dans la défense de l’incinérateur d’Ivry.

C’est à 4 heures et demi du matin le 10 décembre que le maire le Bohellec a mis aux voix le vœu adopté par tous les partis, sauf le PCF, à Ivry, contre le projet de reconstruction de l’incinérateur. Parti de Gauche, PS , EELV et droite ont voté à Ivry contre ce projet, après un débat de plusieurs années. Le conseil municipal de Villejuif avait sur le papier une large majorité pour soutenir la population de la ville voisine : il suffisait que chaque parti soit cohérent.

Hélas ! La population de Villejuif ne se sent guère concernée par ce qui se passe au bas de la côte. La question de l’incinérateur n’est pas chez nous un enjeu électoraliste. La majorité de droite villejuifoise unanime, groupe Vidal compris (sauf Mme Casel, que bien des souvenirs lient encore au collectif 3R, en pointe contre ce projet), n’a donc aucune raison de voter contre un projet soutenu à toutes forces par Suez et Vinci. Projet typique de ces « grands projets inutiles et imposés », et qui va, pendant 40 ans, ajouter sa pollution à une agglomération qui n’en peut plus d’asphyxie.

Comme sur tout ce qui concerne les grands projets immobiliers depuis un an (ZAC Campus Grand Parc, Halle des sports, Adoma...), la droite et le PC villejuifois — ou du moins Mme Cordillot—font bloc.

Le vœu n’est donc défendu que par notre groupe écologiste (qui, à cette heure pâle de la nuit ne porte plus que 6 mandats), rejoints au moment du vote par Gaëlle Leydier (Parti de gauche) et Mme Casel. Le PS, muet, s’abstient. Inévitablement, c’est le chevènementiste Marc Badel qui se charge du discours pro-incinérateur.

Le fond du problème

Nous avons déjà évoqué le problème. Le Syndicat de traitement des ordures ménagères de la métropole, le Syctom, veut reconstruire l’incinérateur d’Ivry, qui arrivera en fin de vie en 2023. Il veut reconstruire une usine plus petite avec à ces cotés un « TBM », un Traitement bio-mécanique. La construction des deux équipements (960 millons HT), plus les coûts de fonctionnement garantis par le Syndicat à l’exploitant (850 millions) sont officiellement évalués à 2 milliards TTC.

Cette « culture de l’incinération » est la marque du Syctom. Et ce fut longtemps (depuis ma jeunesse d’ingénieur-élève, il y a 50 ans) une marque de « modernité » : Paris produisait son électricité et son eau chaude en brûlant ses ordures ménagères dans 4 incinérateurs installés en proche banlieue. Mais ensuite Paris est resté les deux pieds dans le même sabot. Résultat : l’agglomération parisienne est la pire, après Marseille, en matière de collecte sélective, de recyclage, de méthanisation. Et la zone Syctom est la pire de la région parisienne. Pourquoi en effet se fatiguer à organiser le tri, la réduction des déchets, le recyclage, quand hop ! on peut tout brûler ?

Pourtant, brûler, c’est transformer en gaz à effet de serre et autres polluants des produits élaborés qui souvent peuvent être recyclés. Même la matière première d’origine végétale peut être transformée en méthane et en compost. Si Paris rattrapait le niveau de recyclage de Lyon ou de Nantes, on n’aurait plus besoin de l’incinérateur d’Ivry. C’est un plan pour arriver à ce résultat que le Collectif 3R (Réduire, Réutiliser, Recycler) et Zero-Waste ont conçu : le Plan B’OM, qui coûterait… 200 millions d’euros, dix fois moins, en créant beaucoup plus d’emplois.

La manif du matin et le débat en Syctom

Le Syctom s’accroche pourtant à sa technologie traditionnelle comme Edf à son nucléaire. Son conseil syndical est composé d’élus (je suis suppléant de Jorge Carvalho, liste le Bohellec), mais largement inspiré par ses propres services d’ingénieurs. Seuls quelques élus écologistes y expriment la voie de plus en plus discordante des chercheurs, des ingénieurs des autres filières, et de la société civile. Et ce matin du 9 décembre, en plein pic de pollution, le conseil du Syctom doit voter le lancement de son projet de reconstruction d’Ivry, pour les 40 prochaines années.

A l’entrée de l’Hôtel de Ville de Paris, à 8 h 30 du matin, une petite manif attend les élus. Ils et elles sont déguisés en Père Noel et distribuent les cadeaux : deux milliards pour les industriels du bâtiment, des centaines de milliers de tonnes de polluants pour la population. Tiens ! on reconnaît nos amis de l’Avenir à Villejuif, Claire Bretou et Patrick Stagnetto, descendus en vélo malgré la pollution…

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Claire et Patrick...
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… arrivés en vélo malgré la pollution...
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…avec les cadeaux de Noël.

Je rejoins la salle. L’ordre du jour défile, je vous passe. Les élus ont sur la table : d’une part la lettre de Laurence Abeille, députée EELV du 94, contre le projet, et la réponse d’Hervé Marseille, Président du Syctom.

On arrive à la question Ivry.

Le maire d’Ivry, Philippe Buyssou (communiste) explique un peu penaud qu’il s’est fait mettre en minorité, que les EELV avaient bien le droit de porter le débat, mais que les autres (la droite et le PS, dans l’opposition) ne faisaient rien que de la politique politicienne. Il appelle les différents partis à ne pas avoir deux visages, un ici où on « défend l’intérêt général » (c’est à dire les incinérateurs) et un chez soi où l’on cède à l’hostilité de la population (ce qui est reconnaître que la population est très « contre »). Il demande un report d’un mois pour laisser à chaque parti le temps de faire « réfléchir » ses élus d’Ivry qui ont voté contre le projet.

Si le conseiller écolo de Romainville, Stéphane Weisselberg, le console en lui rappelant que les écolos ont l’habitude d’être minoritaires, les représentants des autres partis, un à un, l’assurent de leur soutien. C’est le cas notamment de Jorge Carvalho : je sais dès lors que pour Villejuif, c’est plié. La droite soutiendra le PCF.

Le délais d’un mois est accordé, le vote reporté fin janvier.

Le débat

Le soir, à l’entrée du Conseil municipal de Villejuif, Claire Bretou, Monique Lambert, Catherine Casel et Michel Bentolila distribuent aux conseillers des tracts explicatifs. (Voir le tract de 3R à la fin de cet article). Je sais déjà que ça ne servira à rien. La droite a distribué la réponse de Marseille. Mais « pour l’honneur de l’esprit humain », je donne quand même quelques explications, lorsqu’à 4 h du matin passées, devant des conseillèr(e)s hagards de fatigue, je présente le vœu d’Ivry. Surtout, je réponds aux argument de Marseille et des ses partisans, que j’ai entendus le matin même.

1. « Il n’y a pas d’autre alternative à l’incinération que l’enfouissement. »

Argument néanderthalien. Même la ville de Paris s’est fixée pour objectif « zéro déchet ». San Francisco, qui a commencé tôt, n’en est pas loin (80 % de réduction). D’ailleurs l’incinération ne dispense pas d’enfouir, à la fin, les résidus inertes (cendres et mâchefers).

2. « Certes, mais on n’arrivera jamais à 100% de réduction des déchets. Mettons 75 % ? Il restera toujours 25 % à incinérer. Nous allons déjà construire un incinérateur deux fois plus petit que l’actuel ».

En fait : la future usine d’Ivry ne représentera qu’une « diminution de capacité de près de 25% par rapport au centre actuel », selon le site du Syctom lui-même. De toute façon, l‘argument est idiot. Supposons qu’en effet l’agglomération parisienne se stabilise à un quart du volume actuel de déchets. On ne va pas reconstruire chacun des 19 incinérateurs de la région en 4 fois plus petit ! On va les fermer au fur et à mesure jusqu’à ce qu’il en reste 4 fois moins.

3. « Nous manquons déjà de capacité d’incinération, d’apres la chambre régionale des comptes : il faut enfouir 160 000 tonnes par an. »

D’abord ce n’est que 5 % de ce que traite le Syctom. D’une part, c’est une question de logistique, car il y a des incinérateurs qui fonctionnent en sur-capacité en Ile de France.
Ensuite, l’incinération ne dispense pas d’avoir à enfouir les résidus inertes sortis des fours.

4. « Et si en 2023 on n’a pas réussi à réduire suffisamment les déchets ? »

Edf ne se gêne pas pour prolonger la vie des centrales nucléaires bien au-delà des 30 ans prévus au départ. On n’est pas à quelques années près pour fermer l’actuelle usine.
Ce qui est certain, c’est que si l’on dit à l’avance : « On ne réduira pas assez les déchets, donc on construit tout de suite un incinérateur », nous ne ferons aucun effort pour réduire les déchets… sous prétexte d’alimenter l’incinérateur ! Syctom en est déjà dire : « Si on manque de déchets, on y brûlera du bois. »

5. « Et avec quoi chauffera-t-on l’eau du réseau de chaleur de Paris si on ferme l’incinérateur ? »

Là on marche sur la tête. Si on produit des déchets pour pouvoir les brûler, autant brûler directement les matières premières dont ils sont faits ! En réalité, dans le Sud-est de Paris, nous pouvons nous chauffer, comme à Villejuif, à la géothermie. Notre Semhach est bien moins chère que la CPCU, la Compagnie parisienne de chauffage urbain.

6. « Ça fait des années qu’on débat, maintenant ça suffit, on passe aux décisions. »

Ben justement, le débat avance : depuis fin 2015 il est désormais question d’abandonner le TBM, procédé qui « bousille » le compost en le mélangeant avec de métaux lourds, et à ce titre déjà interdit en Suisse et ailleurs.

7. « Mais en fait il faut réduire les déchets à la source, faire des lois contre les excès d’emballage. Ça ne regarde pas nos collectivité locales. »

Faux. Pour réduire les déchets, il faut agir sur tous les maillons de la chaine, jusqu’à la « sortie de l’assiette. »

Par exemple, dans la vallée de Firminy, une coopérative réunit tous les hôpitaux et groupes scolaires pour transformer les déchets putrescibles des cantines en compost. Le Val de Bièvre avait commencé, expérimentalement, à collecter les déchets à la sortie des écoles de Fresnes, grâce à l’économie sociale et solidaire. La bataille de la transition écologique se livrera principalement au niveau des Villes. C’est à nous de nous mobiliser.

Ce discours glisse sur mes collègues comme la pluie sur les plumes d’un canard. Tels des robots, sans répondre à aucun de mes arguments, il recrachent la leçon de M. Marseille. Seule Mme Cordillot rajoute un argument lui aussi prévisible : si on renâcle à construire un incinérateur public, c’est que l’on compte favoriser des incinérateurs privés ! Bon, je ne sais pas en quoi ces hypothétiques futurs incinérateurs seront davantage « privés » que cet incinérateur Suez-Vinci…

On vote, et on ne réunit que 8 voix pour : les 6 d’Avenir à Villejuif encore debout - celle de Gaelle Leydier du Parti de Gauche - et celle de Catherine Casel.

Je songe à la fin des années 1980, avant la conférence de Rio , quand toutes les forces politiques nous prenaient pour des fous quand nous disions que l’écologie serait le problème politique n°1. Aujourd’hui, il y a un progrès : on nous dit « Oui, c’est super-important, mais pas tout de suite. ».

Combien de jours de pollutions, de jours de canicules, de tempêtes , d’inondations, de dizaines de milliers de morts, leurs faudra-t-il avant qu’ils se rendent compte que l’écologie, c’est pas pour faire plaisir aux Verts, mais pour se sauver eux-mêmes, leurs parents, leurs enfants et petits-enfants ?


***

Le compte-rendu du conseil municipal du 9 décembre 2016 est en quatre parties… en commençant par la fin !

(1) Droite et communistes font bloc pour l’incinérateur d’Ivry

(2) Le maire déclare la guerre au Chêne

(3) Multiples attaques de droite, de gauche et du centre contre le mouvement associatif.

(4) Seniors, Rue Condorcet, travail du dimanche…

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