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Conseil municipal du 14 oct 2016 (4)

Imprimez !
23 octobre 2016
Alain Lipietz

Adoma, cantine de l’école des réservoirs : L’écologie, ça commence à bien faire ?

Le bloc gauche/droite contre L’Avenir à Villejuif se confirme à propos de l’absence d’une cuisine de fabrication des repas dans la future école des réservoirs et d’une subvention indirecte à la Sadev, via un mic-mac sur la reconstruction du foyer Adoma.

En revanche, la droite est mise en minorité sur le logement.

Les mystères du relogement d’Adoma

On vote sur le rapport 209 : Fin du portage foncier et cession des terrains Charles Dehan à la Sadev, pour y reconstituer une parie du foyer Adoma. Kesako ?

Ces terrains sont à la lisière nord de la ZAC Campus Grand Parc. Ils ont été achetés au nom de la Ville par le Syndicat d’Aménagement Foncier (SAF) 94, en attendant le chantier de la ZAC confié à la Sadev : ce qu’on appelle un « portage foncier ». Maintenant, il est temps de racheter ces terrains et de les revendre à la Sadev. Mais à quel prix ?

Le principe d’une réserve foncière est d’acheter un terrain (ou de le faire acheter par le SAF) avant qu’il ne prenne de la valeur du fait des équipements réalisés tout autour par la puissance publique. On peut ensuite le revendre soit à bas prix, si l’usager final est d’utilité sociale (cas des équipements publics ou sociaux), soit au prix du marché à un promoteur – donc avec un bénéfice - pour faire bénéficier la collectivité de la valorisation du terrain.

Dans le cas présent : les terrains Dehan ont pour utilité finale la reconstruction d’une partie du foyer Adoma (ex-Sonacotra) du quartier Alexandre Dumas : une résidence sociale. Donc logiquement on le revend le moins cher possible. Sauf que voilà. Natalie Gandais a fait sa petite enquête :

« Le prix de cession, explique-t-elle, est très bas : 810 976 euros pour 4096 m2, ça fait 198 euro le m2. Madame Cordillot a dit en 2e commission que c’était normal de céder à bas prix un terrain destiné à une résidence sociale, que le portage foncier avait cette utilité. C’est certain... si la vente se fait directement. Mais le terrain est vendu ce prix à la Sadev, qui le revendra 1 558 000 euros à Adoma. La Sadev fera donc un bénéfice de 747 000 euros.

Le motif que la Sadev utiliserait ce bénéfice pour racheter, en face, le terrain d’assiette de l’actuel foyer A. Dumas, pour y réaliser l’école prévue dans Campus Grand Parc, n’est pas une excuse. Vous nous avez déjà fait voter, en décembre, la prise en charge d’une part du déficit de la Zac Campus Grand Parc au détriment de la ville, avec une contribution précise de la Sadev à la construction de cette école, vous ne devez pas y ajouter ce nouveau manque à gagner pour Villejuif.

D’autre part, s’agissant de la reconstitution du foyer Adoma sur deux sites (l’autre étant le 131 avenue de Paris), on doit comparer les deux ventes.

Le 131 avenue de Paris mesure 1 878m2, il a été vendu directement à Adoma 1 862 840 euros, soit 992 euros le m2. Vous vous êtes d’ailleurs vanté, monsieur le maire, lors de la réunion publique de présentation du projet, d’en avoir tiré un bénéfice de 200 000 euros pour la ville. Toutefois, dans le cas du 131, vous avez réalisé ce bénéfice au détriment des riverains.

Je rappelle qu’au départ, dans le projet de 2014, il s’agissait de construire sur ce terrain 125 logements et au fond de la parcelle quelques pavillons en accession sociale à la propriété. Mais votre exigence de recettes a conduit Résidences Sociales de France [le constructeur pour Adoma] à densifier considérablement le projet : vous les avez autorisés à construire 170 logements sur ce site, ce qui a nécessité une modification du tracé des bandes de hauteur sur le PLU dans ce secteur, entre le moment où il a été arrêté, en juin 2015 ( et là nous avions l’accord total des riverains) et le moment où il a été approuvé, en décembre 2015.

Donc, d’un côté vous choisissez de vous asseoir sur la concertation avec les habitants pour réaliser un bénéfice de 200 000 euros, et de l’autre côté vous choisissez d’offrir un bénéfice de 747 000 euros à la Sadev.

Enfin, il me reste une interrogation. Comment se fait-il qu’Adoma n’arrive à construire que 150 logements sur les terrains Charles Dehan qui mesurent 4 096 m2, tandis que les 170 logements de l’avenue de Paris tiennent sur un terrain deux fois plus petit ? Est-ce que la Sadev vend à Adoma la totalité des terrains Dehan, ou bien envisage-t-elle d’en conserver une partie pour la vendre à un promoteur et en tirer un bénéfice encore plus grand ?

Indignés par ce cadeau à un aménageur qui n’épargne jamais les habitants de Villejuif, nous votons contre. »

Remous dans le conseil. Natalie vient de soulever deux lièvres en même temps :
-  un cadeau de 747 000 euros à la Sadev (et peut-être plus si la Sadev ne revend pas tout le terrain à la résidence sociale),
-  et la "correction" du PLU, trahissant la concertation avec les habitants.

Négociations secrètes sur le 131 avenue de Paris

Quelques mots d’abord sur le second point, qui échappe largement aux autres élus. Seul le maire répond sur ce point à Natalie Gandais : « Mais vous l’aviez approuvée, cette correction ! », dit-il avec le petit air satisfait bien connu « je lui ai cloué le bec ! »

En fait, Natalie s’en est déjà expliquée avec les riverains lésés, qui se constituent en association. Ils sont dans la salle et ont parfaitement compris la manœuvre du maire. Elle répond au maire qu’elle a retrouvé le courrier de Résidences Sociales de France qui le remercie, lui, de les avoir autorisées à réaliser 170 logement au lieu des 125 prévus. Une autorisation que le maire a accordée dans son dos, début juin 2015, alors même que Natalie discute avec les riverains avant de boucler et de faire voter le "PLU arrêté", le 26 juin 2015.

Oui, vous avez bien lu : le PLU soumis à l’enquête publique après avoir été arrêté était insincère, le maire ayant négocié en secret des modifications qui ne seraient pas présentées au public ! Il suffira ensuite à Résidences Sociales de France de déposer une demande en bonne et due forme au commissaire enquêteur pour que la modification devienne légale.

C’est dans les derniers jours avant le vote d’adoption du PLU, le 16 décembre 2015, que le maire et le directeur de l’urbanisme, lors d’un ultime comité de pilotage, obtiennent de surdensifier dans le quartier Pasteur - et notamment le terrain du 131 avenue de Paris - en "corrigeant" dans ce secteur le PLU à l’issue de l’enquête publique.

Prétextes : l’exigence de l’État de densifier davantage les abords de la Nationale 7, au nom des « Pastilles rouges » (surdensification) du Schéma Directeur Régional, imposées sur Villejuif par le PCF et le PS, et la demande de Résidences Sociales de France, qui ne parvient pas à caser 170 logements dans les épannelages impartis en juin 2015. Il faut bien céder quelque part, et tant pis pour la concertation avec les habitants qui avait abouti à quelque chose d’équilibré. Même si le 131 est justement dans un des rares secteurs sans pastille rouge (voir la carte des pastilles, C-1) : le nord de la Nationale 7, déjà très dense.

À ce moment là, Natalie a le couteau sous la gorge. Tous les autres participants à ce Copil (la droite et P.Vidal) sont pour cette densification ; ils viennent de décider d’éliminer L’Avenir à Villejuif du conseil du T12, l’Union citoyenne ne tient plus qu’à un fil. Le vote du PLU définitif (qui était l’une de nos principales raisons de faire l’alliance de l’Union citoyenne) a lieu dans quelques jours, et Natalie, qui a travaillé d’arrache pied à ce PLU pendant deux ans, en est globalement satisfaite. Elle accepte donc cette correction (et quelques autres) pour sauver le reste du PLU : un vote pour approuver le PLU le 16 décembre est la date limite avant le transfert au T12, et de plus la bataille principale aura lieu sur la ZAC Campus Grand Parc.

(Remarquons par ailleurs que ce terrain, le 131 avenue de Paris, n’est autre que le « loft » occupé à titre précaire par Le Chêne. Le projet d’y relocaliser la moitié d’Adoma fut présenté par le directeur de l’urbanisme à Natalie Gandais dans les premiers jours de son mandat comme une nécessité, et elle a passé le reste de son temps – en vain – à trouver un relogement pour les artistes du Chêne, se heurtant à l’opposition systématique du maire. )

La subvention déguisée à la Sadev

C’est l’autre motif de notre rejet du rapport 209, qui suscite l’essentiel du débat du conseil municipal.

Mme Cordillot fait d’abord semblant de ne pas comprendre : « C’est le principe de la réserve foncière : on revend à bas prix à Adoma ! ». J’ai écrit « fait semblant", car Mme Cordillot a évidemment compris qu’on revendait à bas prix à la Sadev, et c’est elle qui fait 747 000 de bénef sur Adoma (dont il faut retrancher évidemment le coût d’aménagement physique du terrain).

Le maire tente d’abord de noyer le poisson en jonglant avec les chiffres comme un joueur de bonneteau : « Oui, dit-il, il est juste que, par ce bénéfice concédé à la Sadev sur la vente du terrain Charles Dehan nous aidions la Sadev à financer le fonds de concours de 13 millions qu’elle nous a promis pour la construction des deux écoles dans la ZAC Campus Grand Parc ! »

Je reprends donc le débat là où nous l’avions laissé le 16 décembre 2015, lors du coup de force de la Sadev sur Campus Grand Parc : « La Ville a accepté de reprendre une partie du déficit de la Sadev sur la ZAC Campus Grand Parc. En contrepartie, la Sadev nous promettait ces 13 millions pour financer l’école Alexandre Dumas et agrandir Marcel Cachin. Si maintenant nous disons qu’il faut aider la Sadev à financer ce fond de concours, en lui faisant des cadeaux sur la Charles Dehan, alors nos cadeaux viennent diminuer ce concours : c’est nous qui payons en définitive ! »

(Rappel : nous avions voté contre le compromis du 16 décembre, mais pour d’autres raisons. Une partie des élus communistes avait aussi voté contre, l’autre partie, avec Mme Cordillot, soutenant la Sadev. Puis, le 21 décembre, nous nous étions abstenus suite à des garanties concédées par le président du Val de Bièvre, M. Bridey : nous n’aurions pas à payer un sous de plus pour les écoles de la ZAC Campus Grand Parc.)

Là dessus le PS, qui lui aussi apparemment n’a rien compris, nous tombe dessus : « Mais M. Lipietz, il faut prendre en compte toutes les ZAC en même temps ! Et de toutes façons, si la Sadev est aujourd’hui en difficultés, c’est à cause de vous, les écologistes dogmatiques, qui l’avez obligée à conserver des espaces verts quelle voulait bâtir ! ». Toujours l’histoire du terrain des Maraichers , le « secteur E7 »

Le maire, exaspéré, passe au vote avec un nouveau tour de bonneteau : « Mais il faut enfin avoir les pieds sur terre ! L’école Alexandre Dumas va avoir besoin de fondations beaucoup plus chères que prévu ! »

J’en reste coi : ce serait justement un argument pour ne faire aucun cadeau à la Sadev. Rappelons la promesse de M. Bridey, intégrée dans le vote du 21 décembre sue la ZAC Campus Grand Parc : « Bien sûr, en cas de dépassements de coûts pour les écoles et le stade, la Sadev prendra à sa charge. » La Sadev, pas nous, fût-ce au travers d’une subvention déguisée dans la revente des terrains Charles Dehan !

Ou bien F. le Bohellec s’est de nouveau fait rouler dans la farine, ou il est déjà tellement sûr de perdre la ville aux prochaines municipales qu’il se fiche complètement des dépenses futures.

Mais la « gauche » confirme son alliance avec la droite et la Sadev, et nous sommes seuls à voter contre le rapport 209.

L’École des Réservoirs

Il s’agit de l’école qui va être construite au dessus des réservoirs de la Ville de Paris, sur le coteau qui descend du Lion d’Or vers Pasteur. Ce n’est évidemment pas son nom définitif. Le concours d’architecte a eu lieu en janvier, il faut voter l’avant-projet définitif et engager la démarche du permis de construire.

Le projet est OK sauf qu’arbitrairement l’adjoint aux finances Ph. Vidal a refusé de simplement examiner la possibilité d’une cuisine intégrée pour « cuisiner frais ». Ce qui est d’autant plus dommage que l’on cherchait (à l’époque où L’Avenir à Villejuif faisait partie de la majorité) à faire de cette école un projet écologiquement exemplaire. Natalie Gandais :

"Merci à nos services techniques qui pilotent cette opération avec talent et fermeté.

Hélas, nous avons un grand regret, concernant la conception de cette école qui prétend atteindre une qualité BEPOS, c’est que vous ayez refusé d’y localiser une cuisine de fabrication des repas. C’est pourtant le meilleur moyen d’améliorer sensiblement la qualité des repas servis aux enfants, car de la cuisine « fraiche du jour » est bien meilleure que des plats qui ont été emballés sous plastique, refroidis, stockés au moins trois jours, puis transportés et réchauffés. Le système de cuisine à distance génère des coûts importants, qui sont autant de coûts pour l’environnement : le plastique, l’énergie pour refroidir, le gasoil pour transporter, l’énergie pour réchauffer.

Votre refus de prévoir une cuisine de fabrication dans l’école (vous avez même refusé que nos services mènent une petite étude comparative des coûts entre les deux systèmes !) est totalement contradictoire avec l’objectif de qualité Bepos et va ruiner tous les efforts de nos services.

C’est pourquoi, malgré la qualité du travail de nos services techniques, nous nous abstiendrons."

Alors là ! Déchainement anti-écolo dans le style Sarko (l’écologie, ça commence à bien faire). Tout le monde y va de son grain de sel : « L’important, aujourd’hui, ce n’est pas l’écologie, c’est l’économie » (Vidal) ; « Vous n’avez pas le monopole de l’écologie » (Harel), « On peut pas mettre des éoliennes partout » (le Bohellec) ; « Les Verts sont idéologiques » (tous).

Mais la palme revient à Sophie Taillé-Polian : « On ne peut pas faire une école où la nourriture serait meilleure que dans les autres : ce serait une rupture de l’égalité républicaine ».

Vœu logement

Le Front de Gauche présente un vœu proposant une commission chargée d’examiner les solutions possibles avant de procéder à l’expulsion des locataires qui ne peuvent payer leur loyer. Ce serait fort utile : Natalie elle-même, quand elle avait la délégation au logement, avait organisé une réunion de toutes les structures de logement d’urgence pour en faire l’inventaire, et avait expliqué à la CNL qu’il ne fallait pas attendre le dernier moment (l’expulsion) pour commencer à travailler sur les solutions alternatives. Donc nous allons voter pour.

La droite commence par louvoyer. E. Obadia : « Ce n’et pas notre boulot, le social, c’est l’affaire du département. » On se demande pourquoi il y avait de notre temps une maire adjointe au social, Monique Lambert-Dauvergne : a-t-elle seulement été remplacée ? Oui, par A. Caporusso. Il n’est pas là, mais son groupe (VNV) annonce qu’il votera pour. Et une élue de droite, la conseillère déléguée Lucille Yapo, annonce avec chaleur qu’elle votera pour. Ça sent le roussi. On passe au vote. Le vœu est visiblement majoritaire, le maire se refugie dans l’abstention, quelques irréductibles votent contre (E. Obadia, M. Bounegta, F. Ducellier, mais aussi curieusement Fadma Ouchard, qui fut autrefois plus sensible à ces problématiques.)

C’est fini, il est 2 heurs 30 du matin (le conseil a commencé à 19 h 30), on se lève, et c’est alors que…. Mais vous êtes déjà 1150 à l’avoir déjà lu ici même.

****

Le compte-rendu du conseil municipal du 14 octobre 2016 est en quatre parties… en commençant par la fin !

(1) Deux heures et demi du matin : le maire vire le Directeur Général des Services

(2) Sports : la droite mise en échec

(3) Convergence le Bohellec/Cordillot sur l’urbanisme

(4) L’écologie, ça commence à bien faire ?.

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