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Crise municipale (1)

Imprimez !
20 juin 2016
Alain Lipietz

Il n’y a plus de municipalité au numéro que vous avez demandé

Mercredi et jeudi dernier, le personnel municipal s’est adressé à la population de Villejuif pour lui présenter la liste des services en voie de disparition. Mais la situation est en réalité plus grave.

En même temps, les agents faisaient une journée de grève et manifestaient, entre giboulée et soleil, devant la mairie, jeudi dernier.

Voici leur tract :

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Tract à la population

Un tract déroutant, qui mêle les revendications professionnelles (dont l’affaire du Casc) et les protestations contre la diminution des services aux Villejuifois. Il ne faut pas s’en étonner. Nos agents sont à la fois les producteurs et, quand ils habitent la ville, les usagers des services municipaux. Une agente de propreté dans une école peut être parente d’élève dans le conseil d’une autre école. Il est normal de relier les deux aspects.

Mais aussi, comme chacun de nous, les employés municipaux aiment leur travail ou du moins aimeraient pouvoir l’aimer. Ils aspirent à se réaliser dans ce qu’ils font, et en obtenir de la reconnaissance sociale : que les gens qu’ils croisent tous les jours (les piétons, les parents, les enfants…) soient contents du boulot qu’ils font pour eux.

Ce fut d’ailleurs le grand succès des premiers mois de l’Union citoyenne : commencer avec un Villejuif Notre Ville honorant le service de la propreté. Les rues sont devenues plus propres et le personnel plus heureux. 

Ce succès ne dura pas longtemps. Ce qui est en train de s’effondrer, c’est justement la fierté du travail, la reconnaissance sociale. La nouvelle majorité le Bohellec – Obadia – Vidal - Casel rend littéralement les employés malades, et ceux qui le peuvent quittent le navire, y compris les cadres. Le quatuor qui nous gouverne va se retrouver tout seul, avant de s’entre-dévorer.

Une occasion manquée

Certes, ça n’allait déjà pas fort sous Mme Cordillot, et pas seulement parce que des membres de son parti trustaient quelques petits privilèges (par exemple, lors de la grève de décembre 2015, les délégués syndicaux ont attiré notre attention sur la question des parkings). Des communistes aussi râlaient, étaient placardisés, quittaient le parti… A cette époque nous écoutions les confidences, nous avons été convaincus que, pour les salariés comme pour la population, il fallait « changer d’équipe ». Ce qui nous a poussés à constituer l’Union citoyenne avec les deux listes de droite et la liste qui se disait « divers gauche ».

Dans l’entre-deux-tours nous avons fait accepter par nos alliés une lettre ouverte destinée aux agents de la Ville. Vous pouvez encore la lire ici ! Hélas, il semble que nous étions les seuls à y croire. Au bout de quelques mois, nous avons compris que le maire, son cabinet, les maires-adjoints des autres groupes (MM. Vidal et Obadia) considéraient les agents comme une bande de tire-au-flanc et de saboteurs, à dégraisser d’urgence.

Qu’il y ait pu y avoir par le passé des embauches de complaisance de personnes non qualifiées pour les postes qu’elles occupaient, qu’après notre élection quelques agents proches de l’ancienne équipe Cordillot aient tenté d’entraver notre action, nous ne le nierons pas. Mais très vite les choses s’apaisèrent, des capacités, des bonnes volontés se révélèrent. Nous l’avons observé partout où les élu-e-s de L’Avenir à Villejuif étaient en responsabilité.

C’est alors que des cadres et des agents se virent reprocher de « ne travailler que pour L’Avenir à Villejuif ». Mais non ! Nous avions simplement un rapport « normal » aux gens avec qui on travaillait et … beaucoup d’idées à mettre en œuvre.

Le harcèlement comme management

Mais M. le Bohellec et son chef de cabinet, M. Quéré, comme les maires adjoints Vidal, Obadia et Casel, ne l’entendaient pas de cette oreille : trop de tire –au –flanc, et trop bien protégés par le statut de la fonction publique (qui fait obligation aux agents de servir avec loyauté les majorités successives désignées par les électeurs, mais qui en contrepartie les protège contre les élus « revanchards »).

Pour faire démissionner des gens qui ne vous plaisent pas, la recette est la même que dans le privé : humiliations, mépris affiché, travail excessif ou au contraire pas de travail du tout, non-convocation aux réunions vous concernant, etc. A ce régime, au bout de quelque temps, le ou la salarié-e tombe malade (dépression, pétage de plomb avec agression sur un tiers ou sur soi-même et même parfois cancer) ou cherche à travailler ailleurs. C’est le but du « management par le harcèlement ». Tout le monde a dans sa famille ou parmi ses collègues quelqu’un qui a connu ça.

Et c’est ce qui se produit aujourd’hui à Villejuif. Les agents réagissent (sainement) en se mettant en maladie ; les plus dynamiques et mobiles trouvent une mutation dans une autre ville, les plus loyaux serrent les dents. Une fois le processus enclenché, la pression augmente sur les salariés qui restent, qui supportent une surcharge de travail ou… tombent malades à leur tour. Du fait des contraintes budgétaires imposées par le gouvernement socialiste comme de leurs propres préjugés libéraux (il faut selon eux supprimer des services au public pour rétablir les comptes), MM. le Bohellec et Vidal évitent de nouvelles embauches, ce qui provoque de nouvelles pressions, entraîne de nouveaux congés-maladie et de nouveaux départs.

Nous avons ainsi un agent sur cinq environ en arrêt maladie. Évidement, les élus des groupes le Bohellec et Obadia les dénoncent comme simulateurs, dans un communiqué de presse, le « torchon des 17 ». Cette fois les élus du groupe Vidal, (qui trustent les postes de maires adjoints juridiquement responsables de la gestion du personnel), et Maryse Dumont-Monnet s’en désolidarisent.

Simulateurs ? J’ai revu cette semaine deux de ces agents en arrêt maladie, que j’avais connus il y a 6 mois souriants, joviaux, dynamiques. Leur visage, leurs mains expriment la tristesse, l’abattement, la dépression. Sans vergogne, le maire réclame le contrôle des malades… Un nouveau rapport de la médecine du travail est attendu cette semaine pour la réunion du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) : il s’annonce sévère.

La chasse aux sorcières : communistes et écologistes

La mairie est devenu un endroit morbide, voire mortifère, dont les services s’éteignent les uns après les autres. En plus des arrêts maladie, les départs se précipitent : une vingtaine au moins chez les cadres. Le conseil municipal de septembre est supprimé, faute de personnel pour le préparer. On ne se bouscule pas pour remplacer ceux qui partent, tant la réputation de Villejuif est devenue désastreuse dans le milieu de la fonction publique territoriale.

A ces manoeuvres de harcèlement s’ajoute, officiellement depuis janvier 2016, une chasse aux sorcières ciblée politiquement. Au tout dernier « bureau politique » (réunion du maire et des présidents des groupes de la majorité) auquel nous avons participé, le 15 janvier, 3 groupes sur 4 (le Bohellec, Vidal et Obadia) ont décidé d’une part le chantage sur Natalie Gandais à propos de la Halle des Sports, et d’autre part de « prendre des mesures » contre les communistes et contre « ceux de Montreuil ».

Pourquoi « Montreuil » ? Parce que certains y ont travaillé du temps de Dominique Voynet ! Dans le cerveau des Bohellec-Obadia-Vidal, ce sont donc des écologistes… Et puisqu’ils décidaient de chasser L’Avenir à Villejuif en destituant sa tête de liste, la chasse aux sorcières, qui ne concernait jusqu’ici (mais sans le dire) que les « communistes », s’étendrait à ceux qui avaient travaillé avec des écologistes.

Problème : les victimes de harcèlement ou de discrimination ne réagissent pas seulement en tombant malades ou en partant. Ils portent plainte. Déjà trois plaintes (et non deux) sont déposées, et, selon la presse, la police judiciaire a retenu le maire pendant 9 heures. D’autres plaintes se préparent, notamment contre le « torchon des 17 », clairement diffamatoire envers tout le personnel. Cela coûte cher : les agents vont demander la « protection fonctionnelle » (c’est-à-dire le paiement de leur avocat par leur administration) :

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(À suivre...)

Complément suite à la réunion commune CHSCT / Commission Technique du 21 mai.

Successivement, la médecin du travail, la psychologue du travail et l’assistante sociale ont confirmé, dans leur rapport annuel, l’énorme souffrance psycho-organisationnelle du personnel et les risques croissants pour leur santé.

Délégués du personnel et élus d’opposition ont adjuré les rares élus de la nouvelle majorité (signataires du « communiqué des 17 » accusant les malades d’être des simulateurs) d’entendre ces observatrices externes et objectives. Les élus le Bohellec-Obdia en sont restés muets. Ceux du groupe Vidal ont cependant exclu que la diminution des crédits de fonctionnement des services y soit pour quelque chose. Souhaitons que les experts soient écoutés, car un drame n’est plus impossible dans les semaines qui viennent.

J’ai demandé à qui devait être signalée cette mise en danger de la vie d’autrui. Selon la psychologue, les salariés ont peur, il convient donc, à ses yeux, de reconstituer leur « pouvoir d’agir » sans se substituer à eux.

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