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Conseil municipal du 20 mai 2016 (3)

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26 mai 2016
Alain Lipietz

La « nouvelle-nouvelle-majorité » sombre dans la nuit

Les votes sur les emprunts toxiques, sur la primaire, sur le logement social, révèlent les rancœurs provoquées par le retour de JF. Harel dans la « majorité » de F. le Bohellec.

La colère des groupes Harel et Obadia, exprimée en début de séance contre la « réconciliation » entre MM. le Bohellec et Harel, provoque des votes-représailles du groupe le Bohellec visant à « punir » ses alliés, au point de mettre la « nouvelle-nouvelle majorité »... en minorité, à peine quatre heures après sa naissance.

La « Commission Emprunts toxiques »

C’était une promesse du maire et du maire adjoint Vidal, face à la réticence de tous les groupes à voter le compromis très défavorable imposé à Villejuif par le gouvernement et la Sfil pour alléger le poids des emprunts toxiques.

Réticence bien compréhensible des partis de l’ancienne équipe Cordillot, responsables du désastre. Quant à nous, nous avions voté ce compromis (comme Tsipras avec les créanciers de la Grèce !) parce que nous étions conscients que le rapport de forces ne permettait pas de faire mieux. Mais nous l’avons fait « à charge de revanche », en espérant qu’un jour ce rapport de forces s’améliore.

Une délibération présentée par le maire institue donc la fameuse « Commission de suivi des emprunts toxiques », ouverte à un représentant par groupe.

Et tout de suite le maire précise qu’il s’abstiendra sur sa propre proposition, sous prétexte qu’il ne veut pas que la Sfil puisse l’accuser de renier son vote de mars dernier !

Stupéfaits par cette manœuvre, les groupes PS, PCF et MRC-Parti de gauche, ainsi que le groupe Vidal (qui a toujours cherché à associer l’opposition aux « sacrifices nécessaires »), tentent de le raisonner.

J’interviens au nom de notre groupe : « Monsieur le maire ne risque rien personnellement, il agit en tant que représentant de son conseil municipal. Et nous ne remettons pas en cause l’accord signé avec la Sfil. Mais d’une part je pense que le gouvernement diminuera un jour l’Indemnité de Remboursement Anticipé, d’autre part je suis persuadé qu’on peut trouver de meilleurs prêts, pour payer cette indemnité. » Je cite l’exemple d’un emprunt de la Géothermie auprès de la Banque Postale, profitant des taux négatifs de la Banque centrale.

Et là-dessus les trois groupes de droite, le Bohellec, Obadia et Harel, attaquent. Pas question de remettre en cause l’accord avec la Sfil (oui, ces messieurs-dames veulent faire payer aux Villejuifois, jusqu’à la lie, les fautes de Mme Cordillot), donc pas question de commission.

On vote. 23 voix Pour (l’ancienne liste Cordillot, L’Avenir à Villejuif et le groupe Vidal), 20 voix Contre (la droite, Casel comprise, moins l’abstention du maire et l’absence du FN ). La « nouvelle-nouvelle majorité » est déjà minoritaire !

Rappelons que les élus des listes de droite sont minoritaires depuis le début (voir le « camembert » dans la brève analyse de notre victoire de 2014), et c’était la raison pour laquelle nous pensions pouvoir travailler avec la droite et les « divers gauche » sans trop de risques. Si la droite obtient encore une majorité fragile, c’est que Mme Casel et la liste « divers gauche » de M. Vidal ont rejoint la droite dans le « pacte de favoritisme », pour soutenir le maire dans le scandale de la Halle des sports.

Mais, ponctuellement, l’arrivée de JF Harel, qui n’apporte probablement que la voix de Mme Arlé, ne peut compenser les crises de mauvaise humeur de P. Vidal et des amis qui lui restent.

Vœu sur l’organisation de la primaire de droite

Les vœux n’ont par définition aucune implication pour la gestion municipale puisqu’ils s’adressent à d’autres instances.

Un premier vœu, interminable, proposé par le groupe du maire, porte une demande consensuelle : assurer les remplacements des institutrices en congé. La « gauche » du groupe Vidal (ça devient subtil), en l’occurrence M. Caporusso, répond tout aussi interminablement qu’il est prêt à le voter, mais qu’il faut rappeler que la pénurie de prof a été instituée par Sarkozy. Devant les bâillements et les ricanements, Gilles Lafon (PS) lance en rigolant « Mais laisser le PS s’exprimer ! » M. Caporusso semble effectivement prêt à quitter le navire qui vient de giter à droite toute.

Sophie Taillé-Polian demande plus simplement qu’on rappelle les efforts budgétaires du gouvernement. Le maire acquiesce. Adopté à l’unanimité.

Mais les deux vœux suivants sont l’occasion d’une « Nuit des longs couteaux » (il est plus d’une heure du matin) où le groupe du maire punit ses indociles alliés.

Première claque : pour E. Obadia.

Un vœu non-signé, en fait d’Édouard Obadia, absent, propose d’aller plus loin que la circulaire gouvernementale (la même que celle de 2011) qui demande aux villes de mettre des lieux à la disposition des partis qui organisent des primaires ouvertes, pour désigner leur candidat à la présidentielle. Le vœu propose qu’en plus, la communication municipale (la revue Villejuif Notre Ville et le site) fasse la publicité de la primaire, qui n’est pour l’instant que celle de la droite.

La ficelle est un peu grosse. Tous les groupes tombent à bras raccourci contre le vœu. Le maire annonce qu’il n’est pas pour.

Le débat tourne en rond. Quelqu’un demande « Mais pourquoi on continue à discuter ? » Je hasarde : « Parce que celui qui l’a proposé n’est pas là pour le retirer. » Le maire saisi la balle au bond : « Et bien je le retire ».

Et d’un.

Vœu logement social

Seconde claque : pour les vidaliens.

D’abord, au nom du groupe Vidal, son président Paulo Nunes re-propose, pratiquement sans changement, le vœu « Pécresse » qu’il avait retiré au conseil précédent. En fait il approuve quasiment V. Pécresse pour son « plan anti-ghetto » consistant à supprimer les subventions régionales pour les nouveaux Hlm dans les communes où il y a déjà plus de 30% de logements « les plus sociaux », mais il exige d’augmenter la masse globale de subventions au logement social et d’en priver les villes qui ne satisfont pas au minimum de la loi ALUR (soit 25%).

Visiblement le groupe Vidal essaie de se poser en passerelle entre la droite et le PS.

Je reprends ma critique du mois dernier : « C’est doublement idiot. D’abord de réserver l’aide aux villes qui ont juste entre 25 et 30 % de logements sociaux. Puis c’est particulièrement défavorable à Villejuif qui en a déjà 39% , se fixe un objectif de 36% (norme Val de Bièvre) et décide dans son PLU d’en construire 25 % dans les nouveaux bâtiments. » Nous avons en effet besoin de construire de nouveaux logements sociaux pour favoriser la mobilité résidentielle (des PLAI vers les PLS par exemple)

A plusieurs reprises le maire m’interrompt au micro, je suis obligé de menacer de partir pour finir mes phrases. En fait F. le Bohellec se défend : il a voté cette mesure de V. Pécresse, mais elle ne concernerait pas Villejuif, car il faut comprendre « les plus sociaux » comme « les seuls PLAI » ( il y a 4 types de Hlm, des plus sociaux au moins sociaux, et il veut dire que Villejuif a moins de 30 % de PLAI).

Comme F. le Bohellec nous a appris à considérer qu’il n’y a qu’un rapport aléatoire entre ce qu’il dit et la vérité (c’est à dire que le contraire de ce qu’il dit n’est pas forcément vrai), et comme les termes de l’équation peuvent changer au gré des définitions réglementaires, nous passons outre et nous préparons à voter contre.

Après un court débat où les groupes de gauche avancent les arguments habituels, la droite annonce son hostilité au vœu, tous simplement parce qu’elle est hostile aux logements sociaux, à Neuilly comme à Villejuif.

On passe au vote. De façon surprenante, le PS se rallie au vœu des Vidaliens, malgré sa référence au « plan anti-ghetto » de Pécresse. Le PC s’abstient. Voter contre signifierait donc se positionner dans la vendetta entre le maire et les vidaliens. Nous basculons vers l’abstention.

Le vœu du groupe Vidal est battu par le vote de la droite : et de deux.

Il est deux heures du matin. La « nouvelle-nouvelle majorité » a explosé dans l’œuf, 5 heures après sa naissance.

Les jours suivants, le débat au sein de feu la « nouvelle-nouvelle majorité » se déchainera sur les réseaux sociaux et 94 Citoyens. La rumeur de la ville parle d’un e-mail d’E. Obadia, largement diffusé dans la « nouvelle –nouvelle majorité », où il s’exprimerait en termes peu amènes sur la probité de F. le Bohellec.

Pour nous, ce n’est pas un scoop.

(Bientôt, suite et fin : le débat sur la tranquillité publique)

Le compte rendu de ce conseil municipal est en 4 parties :

1. Réunification de la droite : effets en cascade
2. Associations, ADL, Culture et végétaux
3. La « nouvelle-nouvelle-majorité » sombre dans la nuit
4. Débat escamoté sur la tranquillité publique

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