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Conseil municipal du 21 mars (1)

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22 mars 2016
Alain Lipietz

La sortie des emprunts toxiques

L’explosion du coût des emprunts toxiques va peser pendant une décennie sur la vie des Villejuifois. Il fallait à ce conseil prendre la décision courageuse (l’une des plus graves de la mandature) de payer le prix pour limiter les dégâts.

Rappelons que les intérêts sur ces emprunts, peu chers au début des années 2000, allaient augmenter d’une façon épouvantable si certaines variables, aussi incompréhensibles qu’imprévisibles, évoluaient d’une certaine façon. Par exemple : « l’écart entre la pente des taux courts britanniques et des taux longs japonais » : oui, oui, Mme Cordillot, sa majorité PC-PS de l’époque, et sa directrice des affaires financières avaient leur avis là-dessus !

Le coût en est aujourd’hui énorme pour la Ville. Sur un seul de ces emprunts, le « décrochage » entre franc suisse et euro, en janvier 2015 (700 000 euros annuel de plus payer) avait déjà bouleversé la fabrication du budget 2015. Et ça peut s’aggraver !

Ce que nous avons donc a voter ce lundi est simple : profiter d’une offre de soutien du gouvernement pour se décider à payer, certes beaucoup (17 millions !) mais des frais financiers fixes et prévisibles. Bref, cesser de jouer au casino. Et encore, il restera quelques emprunts dangereux.

Ce qui me frappe, c’est l’absence de dignité et de responsabilité des deux partis, PCF et PS, qui avaient contracté ces emprunts lors de la mandature Cordillot 2001-2008. Mme Cordillot garde un silence réservé, les autres interrompent rageusement les interventions des élus issus de l’ex-Union citoyenne, les reprenant sur des détails (« On ne dit pas emprunts toxiques ! On dit emprunts structurés ! Vous n’y connaissez rien ! » ) plutôt que de profiter de la présence du public villejuifois pour présenter de sincères excuses à la population.

Je discuterai dans mon intervention (plus bas) de leurs « excuses » principales. Je laisse tomber le tir de barrage tous azimuts des communistes (« C’est la faute aux banques ! à Bruxelles, etc », comme si Bruxelles leur avait dicté de choisir ces emprunts risqués plutôt que d’autres.)

Notons quand même les interruptions particulièrement délicates de Gilles Lafon (PS) : « J’y étais pas ! » Argument intéressant, mais veut-il dire que s’il avait été élu à cette époque il aurait voté contre Mme Cordillot et ses propres amis socialistes ? Nous verrons en fin de soirée qu’en effet il votera contre la loi El Khomri : comme le groupe communiste (à propos de la Sadev), le groupe socialiste commence à se désagréger.

Plus agaçantes sont les attaques contre « les économistes résidents à Villejuif qui avaient prévu la crise, mais pas ses conséquence sur Villejuif ». Elles visent sans doute les signataires de notre texte de campagne (où pourtant nous annoncions clairement ce que nous ferions). Mais dans une seconde intervention en fin de débat G. Lafon montre qu’il n’a toujours rien compris, pensant que l’accord qui nous est proposé vise simplement à « rallonger les délais de paiements pour payer moins cher chaque année ». Pas du tout. Il s’agit de décider qu’on paiera cher, mais à taux fixe. Et d’ailleurs le document qui nous a été communiqué montre qu’on paiera plus cher au début que ce que nous paierions aujourd’hui si nous ne sortions pas des emprunts toxiques.

En revanche, Marc Badel (MRC) et Gaëlle Leydier (Parti de Gauche) ont parfaitement compris l’enjeu. M. Badel souligne avec raison que les « variables imprévisibles » peuvent se retourner demain en notre faveur, et que les banques et le gouvernement profitent de la peur que ça empire, pour nous imposer un accord léonin. Du coup il s’abstiendra pour marquer son mécontentent, comptant sur les autres pour prendre la décision. Et Mme Tigeras votera carrément contre, pour exprimer son dégoût de la finance.

Au contraire, Mme Leydier prend ses responsabilités et votera pour , mais « d’une main tremblante » : « Que dira-t-on de nous si dans dix ans la possibilité indiqué par Marc Badel s’est réalisée ? que nous avons payé trop cher ? » .

Que Mme Leydier se rassure : on ne lui reprochera rien, car on ne vote pas sur un nouveau pari. On vote soit pour ne plus faire de pari du tout, soit pour continuer à jouer au casino. L’hypothèse que ça s’arrange peut se réaliser, mais ça peut aussi s’aggraver encore, de même que le fait d’avoir eu une fille n’augmente pas la probabilité d’avoir ensuite un garçon…

Étrangement, la droite et surtout M. Vidal (adjoint au finance) se montrent « politiquement corrects » envers les erreurs d’il y a dix ou quinze ans. Seul Alain Lecavelier se lance dans une analogie avec la météo pour expliquer que l’expérience du passé permet d’éclairer l’avenir. Il prend le cas de l’évolution du franc suisse dont tout le monde pouvait penser, même à l’époque, qu’il se réévaluerait un jour face à l’euro.

C’est assez juste, mais ne touche pas au fond du problème. Dans le cas de l’emprunt indexé sur « l’écart entre la pente des taux courts britanniques et des taux longs japonais », j’ai beau avoir 45 d’expérience en économie et avoir conseillé des gouvernements de pays endettés, je ne suis pas assez cinglé pour faire des paris sur son évolution dans les 10 prochaines années. La question n’est donc pas la compétence visionnaire réclamée d’une équipe municipale, mais : « A-t-on le droit de jouer à la bourse avec l’argent des contribuables ? », même si l’on est un spécialiste.

Mon intervention est écoutée dans un silence je dois le dire respectueux, et se conclut par quelques propositions pour l’avenir. La voici :

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Hélas ni Ph. Vidal, ni le maire, ne se donnent la peine de répondre à ces propositions. On passe au vote. Comme annoncé, tout le monde vote « pour », sauf M. Badel et Mme Tigeras.

(Bientôt sur cet écran, la suite du conseil : le débat d’orientation budgétaire, et le vœu FdG sur la loi El Khomri.

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Commentaires

1 Message

  • Alain Lipietz 25 avril 2016
    16:02

    Intéressant témoignage d’un prof de gestion de la région de Grenoble. Où il apparait que D. Migaud, maire de Seyssin, président de la métropole de Grenoble, a pris, à ces deux niveaux (Seyssin et Métro), de l’emprunt toxique "franc suisse" !!
    Or il est énarque et président de la Cour des comptes, c’est dire théoriquement le meilleur spécialiste en France de ce qu’une telle pratique posait comme risques aux finances publiques.
    Donc pour ces gens là ce n’était pas forcément une question d’ignorance, c’était bel et bien un pari court-termiste en connaissance de cause : "normalement le franc suisse va rester collé à l’euro, donc y a pas grand risque, alors prenons ces emprunts qui sont pour le moment moins chers". L’auteur cite une étude montrant que c’était un cas assez général.
    L’auteur note cependant au passage : "à l’époque il était de bon temps de demander un euro moins fort" mais (toujours suivant l’auteur) personne ne s’y attendait.
    Là est la différence. Migaud, fabiusien, était pour la dérégulation financière et l’euro fort, comme la plupart des énarques. Mme Cordillot militait sur son temps libre au Parti communiste, contre l’économie-casino et contre l’euro fort, donc pour sa dévaluation par rapport au franc suisse...

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