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2 juillet 2015
Alain Lipietz

Débats houleux autour de la rénovation de Lamartine

Samedi dernier, fête de l’école Lebon du quartier Lamartine. La cour de récré est fermée (à cause de Vigipirate), mais le débat fait rage au dehors sur la rénovation lourde envisagée ici. Débat attisé par les communistes de Villejuif, qui vont se retrouver désavoués par ceux du Val de Bièvre.

La fête, organisée par les parents et les enseignants est aussi gaie que l’an dernier, avec des jeux, des danses. Nous nous y rendons, Natalie Gandais et moi : nous sommes les délégués de la mairie pour les conseils d’école de ce groupe scolaire. Pour entrer, il faut montrer patte blanche. L’association Villejuifois Solidaires, porteuse du projet d’épicerie solidaire très attendue, a été invitée. Natalie y gagne le concours de pesée du filet à provision !

Ce groupe scolaire est au cœur d’un quartier très difficile, avec une grosse délinquance autour de la drogue, et c’est le quartier de l’opération de rénovation urbaine (ORU), lourde et couteuse, que l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) a enfin accordée à Villejuif.

Les données du problème

En réalité cette ORU concerne aussi la partie du quartier sur le territoire de l’Haÿ, « Hochart ». On parle donc de l’ « ORU Lamartine-Hochart », ce qui en fait une opération de la Communauté du Val de Bièvre, la CAVB. Cette opération comprend une ouverture sur la Nationale 7 et le tramway, avec une zone d’activité et la réouverture du Chemin des Bouteilles, une autre sur le futur métro « Trois communes ».

Mais la rénovation des logements concerne essentiellement le quartier HLM Lamartine, qui appartient à l’OPH de Villejuif. Ce qui fait donc beaucoup d’acteurs : l’État via l’ANRU, la CAVB, les deux municipalités, l’OPH… et les habitant-e-s qui doivent « co-décider » à travers leur conseil citoyen.

Comme on ne sait pas ce que l’État va payer exactement, on est dans le flou et les services travaillent à partir de ce qu’ils avaient étudié sous les anciennes municipalités, mais en tenant compte des nouvelles orientations : la mixité !

Mixité, ça veut dire « mixité fonctionnelle » (pas seulement des logements, mais aussi des emplois), et « mixité sociale » : pas seulement de l’habitat social. Il s’agit d’en finir avec la formation d’un quartier ghetto où il n’y a que de familles à revenus très modestes, de plus en plus majoritairement d’origine immigrée. Il faut donc ouvrir dans ce grand ensemble de nouveaux logements qui, eux, seront en accession sociale à la propriété, des logements en location « intermédiaires », des logements du secteur libre.

Enfin, ce quartier Lamartine comprend des tours et des barres, toutes très dégradées. Les premières études avaient montré que, pour les barres en duplex, il est moins cher de démolir et reconstruire que rénover sur place. En revanche, pour les tours, il vaut mieux les rénover.

Bref : un « projet initial » à partir duquel sont faits les premiers calculs, « pour voir », consiste à reconstruire les barres, garder et rénover les tours, en transformer une en logements intermédiaires ou « libres », rajouter d’autres logements sociaux, aidés ou libres, en gardant tous les actuels habitants… sauf ceux qui voudront être relogés ailleurs qu’à Lamartine. Et il y a en a beaucoup !

Le débat

Dès que l’État a annoncé qu’il concédait à la nouvelle majorité Union Citoyenne cette rénovation urbaine que l’ancienne municipalité avait échoué à obtenir, le Parti Communiste villejuifois a déclaré la guerre à l’ORU. Dès janvier, il a commencé à affoler la population en expliquant qu’il s’agissait de raser ou de vendre les tours, chasser les habitants pour remplacer la population par des couches moyennes attirées par les nouveaux transports en commun (tramway et métro).

Une première attaque a fait long-feu : nous accuser de « racisme », parce que nous voulions en finir avec l’isolement des familles d’origine immigrée dans certains quartiers. Une ségrégation qui s’aggrave de plus en plus. Natalie avait été particulièrement attaquée : ça s’est calmé. Le débat a évolué depuis, et il est devenu clair que les habitant-e-s étaient d’accord avec nous.

D’autant qu’une initiative de mamans marocaines exigeant des « têtes blondes » dans leur quartier et leur école de Montpellier a été largement médiatisée. Il y a quelques jours, les parents d’élève de Mermoz interpelaient Natalie : « Vous avez vu ce que disent les femmes de Montpellier ? Nous, c’est pareil ! »

Alors le PCF attaque le principe même de la démolition-reconstruction de certaines barres et de l’implantation de logements intermédiaires ou en accession à la propriété au cœur du quartier Lamartine (par exemple en reconvertissant une des tours). Devant les grilles de l’école, le jour de la fête, la CNL tient un stand, en compagnie de Mme Da Silva (élue PC Villejuif), faisant signer une pétition : « Non aux démolitions, Non à la vente, Oui à la rénovation ». J’entame le discussion.

D’abord sur la démolition-reconstruction des barres.
La décision n’est pas du tout prise : c’est seulement l’option de travail. Mais elle est de plus en plus contestée. Démolir les barres, cela n’a pas eu que des effets positifs lors de la première vague de l’ANRU, le « Plan Borloo ». Beaucoup d’architectes ont trouvé comment faire mieux et moins cher en rénovant profondément les immeubles existants. Le mouvement HLM est aujourd’hui pour cette nouvelle option. D’autant que dans le nouveau plan ANRU, l’État ne paie plus la démolition.

Mais voilà. Lorsque j’ai dit ça aux Mamans, à la fin d’un conseil de classe à Lamartine, c’était plutôt la déception : « Mais si ! Il faut raser et reconstruire ces barres ! Elles sont beaucoup trop dégradées ! » L’opinion des habitants est donc assez partagée : c’est au Conseil citoyen d’organiser le débat.

Quand j’explique ensuite que pour établir la mixité sociale, il faut loger des classes moyennes dans le quartier, et reloger une partie des habitants dans des HLM ailleurs dans Villejuif, Mme Da Silva proteste : « Mais les habitants tiennent à leur quartier ! » - « Pas tous ! Natalie Gandais, maire adjointe au logement, reçoit tous les jours des familles qui veulent quitter Lamartine ! » - « Ce n’est pas vrai ! il y une enquête, M. Lipietz ! La majorité veut rester ! » « La majorité peut-être, mais la minorité qui veut s’en aller ? » Les militants de la CNL, qui connaissent la vraie vie, acquiescent : on ne doit pas obliger à rester ceux qui veulent déménager.

C’est le bon sens même : nous connaissons tous des jeunes adultes de Lamartine qui, ayant réussi leurs études et trouvé un bon emploi, déménagent d’abord dans une autre location à Villejuif (pour rester près de leurs parents… qui peuvent garder leurs enfants) puis cherchent une accession sociale à la propriété, typiquement à Athis-Mons. Au moins, on va essayer de leur offrir cette option : faire ce parcours résidentiel tout en restant à Lamartine.

Je rejoins ensuite Natalie dans la cour de l’école. Ça ne rate pas : deux dames la repèrent et lui demandent audience : elles veulent quitter Lamartine ! La plainte est toujours la même : « Vous comprenez , j’ai un grand fils, les dealers me l’ont pris, il faut qu’on déménage… C’est épouvantable : la semaine dernière « ils » ont brulé un scooter dans le hall de la tour… »

Cette remontée de la « voyoucratie » n’est pas forcément liée à la drogue. C’est plus largement une tentative de reprise en main, soit par des bandes rivales (comme à Éluard, où des individus se sont tirés dessus en plein jour, à quelques minutes de la sortie des classes, jusqu’à un mort ce matin au Forez), soit par des bandes désorganisées un moment par quelques descentes réussies de la Police Nationale, qui cherchent à marquer leur territoire.

En tout cas c’est insupportable pour les habitants, en particulier les mères. Une course de vitesse est entamée entre les parents (et en particulier les parentes d’élèves qui organisent la fête) et les bandes, qui leur disputent le contrôle des esprits de leurs enfants.

Nous ferons tout pour que la ville appuie les parents, en offrant des perspectives à leurs enfants, avec des animateurs, des éducateurs, des médiateurs, et aussi une police municipale, car la police nationale ne peut tout faire, et d’ailleurs la prévention n’est pas vraiment son rôle.

Le PC Villejuif désavoué

Lundi, réunion du Conseil de la CAVB qui doit décider du caractère « communautaire » de l’ ORU Lamartine. L’enjeu : l’argent évidemment ! La Communauté du Val de Bièvre subventionnera-t-elle l’ORU ?

Le Vice-président en charge du dossier, M. Domps (socialiste, Fresnes), en liaison avec la Ville de Villejuif et l’OPH, a dû présenter une proposition, le « projet initial » (voir plus haut), qui prévoit la destruction-reconstruction des barres, une tour passant en accession ou logements intermédiaires. Cela implique que environ 80 familles seront relogées en HLM dans Villejuif, mais ailleurs que sur Lamartine (on a vu que c’était une vraie demande !)

Problème : on a en plus rajouté d’autres logements, en libre ou en accession aidée, et encore d’autres logements sociaux, à la périphérie de l’actuel grand ensemble. Et là, le total des logements sociaux tombe en dessous de 36%, ce qui est la norme pour la CAVB (Villejuif est à 39%). D’où, un moment, l’opposition du maire du Kremlin Bicêtre (MRC). On a donc inclus dans l’opération 148 logements HLM nouveaux, pour des habitants nouveaux, dans Villejuif, mais pas à Lamartine. Bien entendu Villejuif s’apprête en réalité déjà à construire plus d’un millier de nouveaux logements sociaux ! Au total, il y aura 32 % de logements sociaux dans les nouveaux logements, mais, avec ceux qui seront rénovés ou reconstruits, à l’arrivée ça fera 36 %, et tout le monde est content.

Tout le monde ? Non ! Le groupe communiste de la CAVB annonce qu’il votera POUR le projet d’ORU « dans l’intérêt des habitants », mais que les communistes de Villejuif voteront différemment ! Autrement dit : les communistes des villes voisines considèrent que ceux de Villejuif n’agissent pas « dans l’intérêt des habitants »…

Et en effet, lorsque M. Domps présente le rapport, deux militants de la CNL se dressent dans le public avec le fameux slogan « Non aux démolition ! Non à la vente ! ». Madame Cordillot (élue communiste villejuifoise à la CAVB) égrène les critiques du PC de Villejuif : « On va chasser les classes populaires, etc ». Ambiance.

En l’absence du maire de Villejuif, Natalie Gandais (en tant que 1ere adjointe à Villejuif, elle aussi élue à la CAVB ) prend alors calmement la défense du projet. L’Haÿ ne dit rien, laissant à Villejuif la défense du dossier.

On vote : unanimité pour, 3 abstentions : celles des élus communistes de Villejuif.

Mais pourquoi seulement "abstention" ?

Merci à M. Texier, directeur de l’école, pour ce photomontage.

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