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29 mai 2015
Alain Lipietz

Meurtre aux Lozaits : qu’auraient pu faire les « adultes » ?

Samedi 23 après-midi, tandis que le festival de théâtre de rue battait son plein en centre ville, quatre jeunes se sont entretués dans le quartier des Lozaits.

Deux jeunes du quartier, suite à une embrouille quelconque, ont poignardé deux autres jeunes, place Rodin. Les victimes se sont trainées jusqu’à l’entrée de la cité Mermoz. L’un venait de Champigny, l’autre de Belleville. Ce dernier venait de s’installer à Villejuif pour reprendre un « spot » de vente de drogue. Il est mort de ses blessures, l’autre a pu être sauvé. Et la vie des deux jeunes Villejuifois est elle aussi foutue. Comme le dit leur père, « j’ai perdu mes deux fils ».

Bien sûr tout ceci est lié au trafic de drogue qui pourrit cette cité depuis des décennies. Des jeunes ont alerté les « relais » du quartier (animateurs, parents d’élève, aide aux devoirs) : ils craignaient une vengeance de « ceux de Belleville ». La police nationale s’est à tout hasard mobilisée lundi-mardi, mais à quoi bon ? Y avait-il vraiment risque de vendetta ? et quel jour ? On ne peut rien contre un tel incident ponctuel, mais cet incident reflète une atmosphère de risque permanent.

C’est pourquoi, aussitôt, des affichettes collées sur toutes les portes de la cité Mermoz appelaient à un rassemblement mercredi après-midi. Affichettes anonymes complétées au stylo : « Avec bienveillance ».

Je m’y suis rendu en compagnie de Mme Guérineau, chargée de la démocratie participative à la mairie.

Il n’y avait pas grand monde. En fait, c’est une dame de la tour Mermoz qui avait pris cette initiative et collé les affichettes. Une femme assez remarquable, entourée de quelques voisines. Très active et pleine d’initiatives dans les questions d’écologie pratique, très intéressée par les conseils citoyens… Mais elle n’en avait jamais entendu parler ! Pas plus que de la gestion urbaine de proximité ou du festival de théâtre du week-end dernier, qui se déroulait au moment du crime. Celui-là même dont j’avais eu l’impression qu’il avait réussi à drainer des habitants des quartiers sud.

Cette ignorance de l’actualité villejuifoise était le cas général de toutes les personnes qui étaient là, dont un groupe de retraités qui m’ont raconté la saga de la famille des auteurs du meurtre. Cet isolement de la cité Mermoz contraste avec l’activisme de la cité Lamartine toute proche, dont nous (élus de L’Avenir à Villejuif) rencontrons toutes les semaines les mamans : dans les conseils de l’école, du collège, dans la préparation de la Régie de Quartier, et bien sûr au conseil citoyen, etc. Et qui bien sûr ont participé au festival de théâtre tout le week-end. Mystères de la géographie urbaine…
Bon, sur place, le débat s’est ouvert. Il a porté essentiellement sur les difficultés de la parentalité (le tiers des familles de la cité sont « monoparentales » et c’était le cas de l’initiatrice de la rencontre, mais justement dans le cas des jeunes meurtriers le père était là), ou « comment donner aux jeunes un sens à leur vie ? » , etc.

Pas de réaction « bêtement sécuritaire » (les voisins étaient au courant et se plaignaient, mais sans plus, des comportements dangereux de cette famille), mais un débat intéressant sur « Un adulte du quartier peut-il engueuler un enfant qui n’est pas le sien et qui fait des bêtises ? ». Débat en effet préalable à la question des éducateurs de rue et de la police de proximité. L’avis général était que c’est utile (et pas dangereux) dans plus de 90 % des cas…

Mais la conclusion d’ensemble était « il faut que les jeunes aient des perspectives d’activité utile » et s’accordent sur des règles de vie en société. Ce n’est pas seulement le rôle des parents « directs »…

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Commentaires

1 Message

  • Anne Bucas-Français 30 mai 2015
    12:31

    Dans ce type d’activité, les adultes sont malheureusement impuissants et, tôt ou tard, il y aurait eu les représailles puisque que c’est comme ça. Le problème aussi, est que certaines familles vivent aussi de ce marché, et se taisent. Indirectement, elles sont aussi responsables des conséquences, donc de la mort de ces jeunes.
    Bien sûr qu’il faut des règles de vie en société, je dirais qu’il faut aussi des repères. Il est vrai aussi qu’on gagne mieux sa vie avec ce marché, qu’avec n’importe quel boulot, quand on en a, payé à peine au smic.
    Et oui, comme il est dit le manque de perspective y est pour beaucoup. Qu’a t’on à leur offrir qui pourrait donner un sens à leur vie ? C’est un véritable gâchis et, c’est tragique quand il y a des morts.

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