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24 mai 2015
Natalie Gandais

Commémorations : et le Vietnam ?

Conseil municipal du 22 mai 2015

Lors de ce conseil, le parti de gauche et l’union citoyenne ont proposé un voeu rappelant que si le 8 mai commémore la victoire contre la barbarie nazie, c’est aussi le triste anniversaire des massacre de Sétif.

Pour ma part, j’ai voulu rappeler que pour les peuples d’Indochine, la guerre avait continué dans le Pacifique jusqu’aux armistices des 2 et 12 septembre 1945.

Conseil municipal du 22 mai 2015

Intervention à propos du vœu « mémoire » du parti de gauche

Monsieur le Maire,

J’approuve la démarche de madame Leydier et de l’Union citpyenne qui cherchent à n’oublier personne dans les cérémonies commémoratives de la fin de la deuxième guerre mondiale. J’approuve cette démarche pour honorer les victimes maltraitées, martyrisées, tuées, du fait des situations coloniales, tous ces "sujets de la France", colonisés, qui ont payé deux fois, étant victimes de la colonisation ET victime de la barbarie pendant la guerre.

Mais dans ce cas, n’oublions personne…

Parmi les colonisés, n’oublions pas les Vietnamiens (et les Français en poste là-bas) qui ont subi la barbarie des Japonais, ces alliés de l’Allemagne et du régime de Vichy pendant la deuxième guerre mondiale.

Pour le peuple vietnamien colonisé, la peine était double, et même triple : victimes du régime colonial, victimes du régime de Vichy (les Vietnamiens et des Français en poste là-bas ont résisté eux aussi), victimes des Japonais qui avaient des accords avec Vichy, victimes des Japonais qui ont pris la totalité du pouvoir par le coup de force du 9 mars 1945 [1] , qui a fait 3000 morts du côté français.

Pour eux, la guerre ne s’est pas arrêtée le 8 mai, elle s’est poursuivie dans des conditions terribles, avec une famine organisée, provoquée par le détournement des récolte de riz par les japonais, qui a fait des centaines de milliers de morts (près de 2 millions selon certaines sources). Pour eux, la guerre ne s’est achevée qu’avec la capitulation des Japonais en septembre 1945 [2], quand le général Leclerc a signé en deux temps l’armistice dans le Pacifique, le 2 septembre sur le bateau Missouri en rade de Tokyo, et le 12 septembre à Singapour .

La résistance eut lieu au Vietnam aussi [3]. Les Français coloniaux en poste au Vietnam, eux aussi, ont été poursuivis, emprisonnés, maltraités par le régime de Vichy quand ils prenaient le parti de la France libre. Ce fût le cas de mon grand-père, ingénieur en chef des travaux publics en Indochine, qui fût emprisonné dans des conditions terribles pour avoir refusé de collaborer et de rejoindre les rangs de la Milice. Quand il a été libéré, il pesait 45 kilos…

Qui s’en souvient aujourd’hui ?

Comme en Algérie, beaucoup de Vietnamiens crurent que leur participation à la lutte contre l’Axe leur vaudrait le respect de la République et le droit à l’indépendance. Mais la République française et les Alliés ignorèrent cette aspiration, ouvrant la voie à un nouveau cycle de guerres…

Monsieur le Maire, ils sont nombreux aujourd’hui les descendants des Vietnamiens colonisés qui sont arrivés en France par vagues successives. Je pense à ma grand-mère (photo), à ma mère, enfant métisse qui a rejoint la France à l’âge de 11 ans sur le porte avion Le Béarn en août 1946, je pense aux boat people qui sont arrivés après la chute de Saïgon en 1975, je pense à tous les Vietnamiens qui sont aujourd’hui intégrés ici, descendant des Vietnamiens qui ont travaillé pour la France coloniale, qui ont résisté pour la France, qui ont été martyrisés pour la France ou par l’État français, qui sont morts pour la France…

Alors moi aussi je vous demande d’interpeller le président de la République afin que le 2 septembre soit déclaré officiellement un jour à la mémoire du Vietnam.

Et je vous demande que nous puissions installer à Villejuif une plaque à leur mémoire.

Car le silence et la discrétion de ce peuple intégré en France a peu d’équivalent dans les anciens peuples colonisés par la France.

Notes

[1Le 9 mars 1945, à Langson (verrou de la porte de Chine) l’État-Major japonais tend un traquenard en invitant les autorités françaises civiles et militaires. Déclinant l’invitation, le Général Lemonnier laisse l’Administrateur civil Auphelle et trois officiers (Colonel Robert, Lieutenant-colonel Amiguet et Commandant Leroy) s’y rendre. 
A l’issue du repas, les invités sont faits prisonniers et deux officiers (Amiguet et Leroy) sont abattus.
Au même moment, 10.000 Japonais attaquent la citadelle. A un contre dix, la résistance acharnée fait subir de lourdes pertes aux Japonais. Ceux-ci tentent d’extorquer au Général un ordre de reddition, ce qu’il refuse. L’administrateur Auphelle et lui-même sont alors décapités. Le colonel Robert subira deux jours plus tard le même sort.
Le bilan du 9 mars 1945 est estimé à plus de 3000 mort français le même jour, mais les conséquences de l’opération Meïgo se feront sentir dans le courant de 1945 quand les détournements massif de riz organisés par les japonais en 1945 à leur profit créeront une des plus grandes famines de l’histoire .

[2Le 8 mai correspond à la capitulation de l’Allemagne nazie, mais pour autant la guerre n’était pas finie. Il faudra cependant attendre la capitulation officielle du Japon le 2 septembre 1945 (« V-J Day », pour « Victory over Japan Day », annoncé le 15 août 1945), lorsque le ministre des Affaires étrangères Mamoru Shigemitsu signe les articles de la reddition des forces japonaises sur le pont de l’USS Missouri dans la baie de Tokyo, pour que la Seconde Guerre mondiale prenne fin.

[3L’Invasion japonaise de l’Indochine se fit en trois temps. La première agression japonaise dura trois jours (22-25 septembre 1940) et introduisit le Japon au nord de l’Indochine.
Après le conflit franco-siamois de janvier 1941, le déclenchement de la Guerre du Pacifique par le Japon contre les USA, la Grande Bretagne et leurs alliés, en décembre 1941, isola complètement du reste du monde l’Indochine occupée entièrement par les Japonais. Ils n’eurent besoin que d’une petite garnison, le gouverneur français Decoux appliquant avec férocité la politique de Vichy.
La résistance s’organisa alors, avec la création de 8 réseaux des Forces Françaises Combattantes et de 6 Services d’Action (SA), en liaison avec le service Action extérieure des Indes. Des renseignements furent recueillis et transmis, avec le concours de plusieurs dizaines de militaires, ingénieurs des chemins de fer, et membre de la société civile. Et les nationalistes du Viet Minh entamèrent leur longue guérilla.
Le 9 mars 1945, peu confiants dans leurs collaborateurs vichystes, les Japonais prirent totalement le pouvoir.

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