L’Avenir à Villejuif
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24 mars 2015
Alain Lipietz

Premier tour, seconde lecture…

Il y a deux façons, qu’il faut combiner, de lire ces élections départementales à Villejuif : comme premier bilan de l’expérience Union Citoyenne, et comme vote idéologique sans enjeu, sinon « faire basculer le département à droite » – ou pas.

En réalité même cet enjeu (« faire basculer ») n’en était pas vraiment un, du moins pour "les vrais gens". Personne ne sait le boulot qu’auront à faire les conseillers départementaux au delà du 1er janvier 2016, pas même les candidats, tels que moi, qui fréquentent les réunions de l’Association Paris-Métropole. On n’a pas voté dimanche « pour un nouveau collège » ou « pour la sauvegarde du parc des Hautes Bruyères ». En réalité, le département survivra (s’il survit) surtout comme distributeur de fonds du RSA et pour l’entretien des collèges, sans grande dimension politique.

Restent : la dimension idéologique du vote, une sorte de sondage d’opinion en vraie grandeur chez les Villejuifois qui se dérangent encore pour voter, et sa dimension pratique locale : envoyer des messages à l’Union citoyenne, exceptionnel alliance municipale de deux listes de droite et de deux listes de gauche et écologistes.

C’est à partir de cette double dimension qu’il faut analyser les résultats, en les comparant aux résultats récents. Et encore ! Avec 60% d’abstention et 2 % de « votes blanc », on ne peut pas parler sans précaution de « mouvement d’un vote à l’autre », mais de changement dans la composition de ceux qui votent encore. Quand donc j’écrirai « X% des voix Truc sont allées à Machin », il faut toujours comprendre qu’il s’agit d’un mouvement plus complexe entre X, Y et l’abstention.

Deux perdants

Il en résulte quand même quelques leçons. D’abord, il y a deux perdants dont on ne connaitra le lot de consolation qu’au second tour : la droite et le PCF. C’est bizarre de l’écrire, car seule la vicroire est belle, mais c’est un fait : les deux listes cndidates restant au second tour n’ont guère de quoi se réjouir du premier tour.

Souvenons nous : en 2011 (précédentes élections cantonales), la droite, Sarko aidant, avait quasiment disparu de Villejuif. L’élection se déroulait sur deux cantons, dont les résultats furent très proches. La droite + le Modem obtenait 17-18 %. Elle a en effet de quoi pavoiser par rapport à ce point bas : elle est revenue, aux européennes de 2014, si l’on additionne UMP+UDI+Modem+Debout la France, à 25,6 %, et à 27,5 % dimanche dernier. Mais autrefois elle pouvait encore atteindre 35 % aux législatives…

Si l’on envisage maintenant ce vote comme « premier vote local après les municipales », alors l’avertissement est très sérieux. L’Union citoyenne regroupe 4 listes qui, au premier tour des municipales, il y a exactement un an, obtenaient : UMP (le Bohellec) 17,2 %, UDI (Harel, Obadia) 15,8, Villejuif NOTREville (Vidal) 10,6%, Avenir à Villejuif (Gandais) 10,4 %. Soit 54%.

Si l’on considère que l’électorat Vidal était composé à 40 % de Modem, de 40% de PS hostiles à la reconduction de Mme Cordillot, et de quelques 20% d’écologistes séduits, on aurait attendu 33 % pour une liste UMP-UDI et mettons 37 % pour la liste UMP-UDI-Modem. Elle se présentait en outre comme « la liste du Maire », oubliant qu’elle ne représentait que deux listes sur quatre. Elle s’indexait donc sur la popularité du Maire : plus de 37% si son bilan était satisfaisant, moins s’il ne l’était pas.

Elle n’obtient que 27,5 % . La chute « de la droite et du centre » est donc de près de 10 points. Notre liste L’Avenir à Villjuif –EELV- Gauche citoyenne ne les récupère pas. Avec 8,5 %, elle est certes dans la moyenne des listes EELV du département mais baisse de 2 points.

Le total des listes participant à l’Union Citoyenne est de 36 %, en baisse de 18 points ! L’Union citoyenne obtient cependant plus que la liste Cordillot l’an dernier (32,7%). Même si l’UDI (par la bouche d’Edouard Obadia) n’avait pas exigé sa non-reconduction pour l’élection départementale, elle aurait donc eu du mal à l’emporter.

Où donc sont passées les 10,6 % de la liste Vidal ? Sans doute vers la liste de droite en ce qui concerne les électeurs Modem, et retour au bercail vers la liste socialiste, pour les électeurs socialistes « autonomistes », puisque justement c’est ce qu’ils souhaitaient, et on verra que le PS sort gagnant de l’opération. Mais, si une partie des voix Vidal a rejoint EELV-L’Avenir à Villejuif, malgré le silence d’abord hostile de ses animateurs, elles n’ont pas compensé celles qui sont parties ailleurs : nous avons déjà analysé pourquoi.

Et les voix Modem ralliant la liste « de droite et du centre » n’ont pas compensé celles qui repartaient… vers l’extrême droite. Car il faut le rappeler : l’Union citoyenne avait fait reculer le vote FN, qui est à Villejuif un vote populaire, surtout des quartiers HLM et conquis sur le PCF : un vote de colère. En 2011, le FN obtenait 18-19% aux cantonales. Face à la possibilité de « changer enfin », il est descendu à 11% aux municipales de 2014 et même à 7% au second tour. Et puis il remonte à 16% aux européennes, 16,1 % dimanche dernier… C’est que L’Union citoyenne n’a (encore) rien fait pour les quartiers, qui retournent à leur désespoir… mais pas au PCF.

Celui-ci est le grand perdant de la séquence qui s’achève. Aux cantonales de 2011, il obtenait encore 35-36% des voix, devançant l’alliance PS-EELV-MRC. Ayant perdu avec la mairie une bonne partie de son pouvoir clientéliste, il ne pèse plus désormais que 22,5 %, soit 13 points de moins. Ce qui ne l’empêche pas d’espérer gagner le second tour , mais avec les voix des autres électeurs de gauche et des écologistes.

Ce vote a donc mis les points sur les i. Villejuif était et reste une ville de gauche et écologiste. C’est à ce double titre qu’elle a chassé l’équipe Cordillot-Teriltzian l’an dernier. Elle reste de gauche, mais plus uniformément communiste.

Des signes d’avenir ?

L’Union citoyenne n’est évidemment pas condamnée par ce premier tour. Elle n’a même pas encore eu l’occasion de voter son premier budget (elle le fera vendredi prochain), ni son Plan Local d’Urbanisme, bref de montrer ce qu’elle veut vraiment faire ensemble et de quoi elle est capable. Mais elle doit se ressaisir, entendre le message des Villejuifois, revenir à ses engagements initiaux, et méditer que, si échoue cette expérience exceptionnelle, observée jusqu’au Chili (où la Concertación regroupe au pouvoir, depuis la chute de Pinochet : la démocratie chrétienne, les socialistes, et ponctuellement les écologistes et les communistes), Villejuif se tournera demain vers d’autres solutions.

Le discret gagnant de ces élections est la liste socialiste. En alliance avec EELV ou le MRC , les socialistes avaient obtenu 25 % en 2011, puis, seuls : 15% aux européennes de 2014, et 17,4 % dimanche dernier. Une application de la « stratégie 2011 », c’est à dire l’alliance PS-EELV-MRC aurait cette fois, sur le papier, obtenu 29%, loin devant le PCF, et serait en tête , sûre de l’emporter dimanche prochain.

Les lecteurs de ce site ou de celui de EELV à Villejuif (qui couvre aussi la période des cantonales 2011) savent combien EELV a recherché une telle alliance, pourquoi cela n’a pas été possible. Il y a les séquelles de la trahison de 2011, où le PS a changé de camp entre les deux tours – à l’exception de quelques uns dont Malika Kacimi, alors suppléante de F. Labat (candidat EELV) et dimanche dernier candidate titulaire, bénéficiaire de la poussée du PS, à contre-courant du pays. Puis le choix final du PS, malgré nos insistantes invitations jusqu’en décembre 2013, de retourner en 2014 dans l’alliance mortifère avec la liste Cordillot. Puis le choix de l’Avenir à Villejuif, de ne plus tenter de « faire boire l’âne qui n’a pas soif », et de se résoudre à l’alliance avec ceux qui voulaient « changer vraiment » à Villejuif. Nous sommes intimement persuadés que les candidats PS auraient souhaité une telle alliance, mais il faudra du temps pour renouer les contacts.

Plus généralement, les 4 listes issues de la liste Cordillot (32,7 % au premier tour des municipales) obtiennent cette fois 22,5 % pour le PCF, 17,5 pour le PS, 3 pour le MRC et presque 5 % pour le Parti de Gauche, soit 48% - sans doute moins en réalité, tant le PCF est resté « odieux » dans cette campagne, y compris à l’égard de ceux dont il aurait besoin au second tour.

Mais, en rajoutant les 8,5 % de notre liste L’Avenir à Villejuif – EELV – Gauche citoyenne, la gauche et les écologistes sont majoritaires à Villejuif (56 %) et l’addition de leurs voix peut être majoritaire dimanche prochain.

En tout cas, Villejuif reste une ville de gauche, et la droite de l’Union citoyenne aurait le plus grand tort de l’oublier.

Au fond, la difficulté pour cette majorité de gauche vient d’une vieille génération d’élus de l’époque Cordillot, la palme revenant à Mme Cordillot elle-même qui a traité publiquement Natalie Gandais, en campagne pour notre liste, de « vert de gris » (uniforme de l’occupant nazi), et à M. Terlitzian, ancien président du groupe PS sous Cordillot, qui, assesseur d’un bureau de vote, a refusé de saluer le candidat EELV passant faire sa visite « républicaine ».

Certes, l’alliance « 2011 » n’irait pas sans mal. Nous ne savons pas ce que serait le projet urbain d’un PS villejuifois libéré de la tutelle du PCF, et pèsera toujours sur lui l’ombre porté par la politique Hollande-Valls.

Ce qui pose la question d’une alliance « à la Grenoble » , entre EELV, le Parti de Gauche et les associatifs, contre un PS libéral et un PCF productiviste. Cette solution « avant-gardiste », ancrée dans la culture grenobloise, a échoué dimanche dernier à s’étendre au reste de l’Isère. Serait-elle un jour possible à Villejuif ?

Le Parti de Gauche s’est lancé dans la campagne par rancœur envers le PCF qui ne lui laissait même pas de poste de suppléant. Puis, ayant débauché un « EELV rouge et noir » qui avait disparu de toutes les luttes écologistes depuis quatre ans, il s’est lancé dans une entreprise de parasitage de nos voix, allant jusqu’à imprimer son bulletin de vote en vert. Cette manœuvre en deux temps a sans doute enlevé des voix et au PCF et à nous, comme toujours, mais elle se paie. D’abord financièrement puisque ce genre de grappillage n’est heureusement pas remboursé par le contribuable. Ensuite politiquement : c’est justement à l’occasion d’une réunion sur la démocratie participative, où nous avions fait venir les « Grenoblois » et autres inspirateurs du rapport Bacqué-Mechmache sur la Politique de la Ville, que le Parti de Gauche villejuifois avait exprimé son souverain mépris envers la démocratie participative et plus généralement envers les valeurs écologistes.

Mais admettons : « faites semblant de croire, et bientôt vous croirez ». À ce petit jeu, le Parti de Gauche villejuifois pourrait un jour se convertir en parti « écologiste de gauche », du moins regrouper des personnes sincères mais effrayées par l’expérience de l’Union citoyenne, et nous pourrions envisager une alliance avec lui. Dimanche dernier, elle n’aurait regroupé que 8,5 + 5 = 13,5 % des voix, moins que n’en ont plusieurs fois recueillis les Verts + associatifs sur Villejuif.

Bref. Les additions de votes hypothétiques n’ont pas un grand intérêt. Ce qui compte, c’est l’élaboration d’un projet collectif. Et ces élections pour ce département fantôme, appelé théoriquement à disparaître, ne permettaient en aucune manière de définir un projet.

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