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17 juin 2014
Alain Lipietz

Le Conseil municipal du 13 Juin

Le clou de ce conseil municipal était la mise en révision du Plan local d’urbanisme. Mais de petits accrochages amusants ont émaillé les votes divers. Surtout, on a vu se dessiner une rupture entre les anciens alliés d’hier, PS d’une part, et Front de Gauche + MRC de l’autre. Mon compte-rendu subjectif.

2013 dans le rétroviseur

Un mot d’abord du vote des divers bilans de 2013 et autres rapports demandant à l’État ou à la région de renouveler à la ville des subventions dont elle avait bien fait « bon usage » les années précédentes. Les élections étant finies, et malgré nos montagnes de réserves sur la gestion passée, notre nouvelle majorité n’avait aucun intérêt à chipoter sur 2013, surtout pour demander de nouvelles subventions ! Les services ont donc rédigé des notices fort aimables pour la gestion de l’ancienne équipe.

Celle-ci (Mme Cordillot en tête, le PS pas en reste) s’empare de cette amabilité pour triompher : « Vous voyez M. le Maire ! Vous approuvez entièrement aujourd’hui ce que vous avez critiqué hier ! ». Et le PS insiste sur la considérable amélioration financière obtenue depuis 2008. Philippe Vidal, adjoint aux finances, répond par une volée de chiffres montrant la gravité de la situation.

Ce petit jeu du « Vous reconnaissez vous même que notre gestion était parfaite » se renouvelant, la moutarde me monte au nez : « Vous n’allez pas nous refaire le même numéro à chaque fois qu’on demande de reconduire des subventions ?? Vous nous voyez écrire à la région Ile de France : « Villejuif a dilapidé vos subventions jusqu’en 2013, alors donnez-nous en encore plus » ??? » Rires dans la salle, les votes s’accélèrent, et on arrive au vif du sujet : la mise en révision du Plan Local d’Urbanisme, présenté par Natalie Gandais.

Révision du Plan Local d’Urbanisme

Le Plan Local d’Urbanisme (PLU) a été unanimement rejeté par la population, que ce soit à la concertation ou à l’enquête publique. Aucune association ni individu ne s’est prononcé « pour ». L’équipe PCF/PS l’a imposé en décembre 2013 pour passer en force avant l’adoption du Schéma directeur régional (SDRIF) qui interdit de détruire les espaces verts et les terres agricoles à Villejuif. Personne n’a déposé de recours administratif car tout le monde a considéré que les élections municipales de mars seraient LE référendum pour ou contre ce PLU. Nous avions promis de réviser immédiatement ce PLU (nos engagements, point 3)… et ils ont perdu.

Natalie Gandais expose les grands principes de notre révision du PLU : préservation des espaces verts, ralentissement de la densification, renforcement de la mixité sociale. Nous en sommes à 38 % de logements sociaux, dont une partie trop importante en voie de dégradation rapide et tenus par les trafiquants. Le PCF, qui a laissé les Hlm existants se dégrader depuis 20 ans, proposait : 50 % de logements sociaux dans les NOUVEAUX bâtiments, dont une tour de 41 mètres sur le dernier terrain vert en centre ville, la construction en bordure de l’autoroute du sud, etc…
Nous avons proposé (et nous allons tenir) : 25 % de location sociale dans les NOUVEAUX bâtiments, + 10 % d’accession sociale à la propriété + les foyers, hébergement d’urgence, résidences étudiantes, etc.

Il est évident qu’en un demi siècle la PART de HLM en location va de ce fait diminuer. Nous visons une stabilisation à la moyenne de l’agglo Val-de-Bièvre, 32 %. Soit 7% au dessus de la loi Duflot.

Aussitôt Mme Cordillot passe à l’attaque : « Vous avez décidé de frapper fort et vite contre le droit à la ville pour tous ! ». Et elle développe sur deux axes.

-  Vous voulez éliminer les classes populaires de Villejuif. Or ça va diminuer les dotations de la Région et de l’État (qui dépendent du degré de pauvreté de la ville)
-  Vous n’aurez pas le droit d’appliquer ce PLU, car dès 2016 la Métropole du Grand Paris aura pris le contrôle des plans locaux d’urbanisme.

Suit une intervention plutôt minable de la représentante du Parti de gauche, explicitement dirigée contre le texte sur le logement rédigé pendant la campagne par Guy Dreux et moi. « Vous assimilez scandaleusement le logement social à la saleté et à la délinquance », dit-elle. Bon, chacun peut lire notre texte et juger sur pièce.

Beaucoup plus intéressantes : les interventions du PS. Non seulement nos socialistes veulent montrer à Mme Cordillot qu’elle n’est plus en charge de parler en leur nom, mais en plus se dessine une rivalité interne entre les porte-paroles socialistes. Ce qui nous vaut une série d’interventions doctrinales interminables, dont les arguments sont déjà en léger décalage avec ceux de Mme Cordillot. Eux ne soutiennent pas exactement la stratégie Cordillot (faire venir des pauvres pour avoir des subventions), ils prônent un discours plus moderniste, le « développement économique », genre venue du Crédit Lyonnais. On n’est pas contre, mais toutes les entreprises du CAC 40 ne vont pas se précipiter au même endroit, et notre but n’est pas de déshabiller d’autres villes et de rallonger les trajets de leurs salariés.

Surtout, le PS nous accuse d’égoïsme : la Métropole doit grossir, c’est prévu par le Sdrif, et nous devons y contribuer en « prenant notre charge » de logements en particulier sociaux, ne serait-ce que pour épargner les terrains agricoles ...

Après ce festival de critiques classiques, Paulo Nunes (de la commission 2, en charge de l’urbanisme) et moi répondons en soutien à Natalie Gandais.

Je reprends la question à la base : Villejuif, déjà anormalement dense a pris jusqu’ici plus que sa part et de logements, et de logements sociaux dans la proche banlieue. Il faut rétablir la mixité sociale et la qualité de la vie dans cette ville. D’ailleurs est–il sage de concentrer ainsi la population française en Ile de France ? Les pays qui gagnent en Europe sont ceux, tels l’Allemagne, qui ont su répartir harmonieusement leur population sur un réseau de métropoles à taille humaine. Et même si l’on accepte la logique « mégalopolitaine » du Sdrif, celui-ci pose sur Villejuif deux exigences :

-  ne pas toucher aux espaces verts et agricoles (donc épargner le parc des Hautes Bruyères et le terrain des Maraichers, notre dernier espace agricole)
-  des pastilles rouges (15% de croissance de la population entre 2008 et 2030) sur la moitié sud de la ville, des pastilles orange (10 % de croissance) sur la moitié nord.
- 
Ce qui nous oblige tout au plus à passer de 53 000 à 60000 habitants entre ces deux dates. Or le PLU de Mme Cordillot prévoyait 10000 habitants de plus, rien que sur Campus Grand Parc sans compter les autres Zac, la densification sur 8 étages de toute la Nationale 7, etc !

Loi Métropole

Et quant à l’argument « la loi Métropole va priver Villejuif du droit de définir son propre PLU », je rappelle que cette loi (qui donnerait tous les pouvoirs à une bureaucratie parisienne non élue) résulte d’un coup de force du PS à l’Assemblée Nationale, et que toutes les autres forces politiques ici représentées (Front de Gauche, MRC, EELV, UDI et UMP) sont contre, et sauront bien sauvegarder une certaine autonomie des territoires et des communes.

Petits sourires sur les bancs de l’opposition Front de Gauche et MRC. Par la bouche de Gilles Lafon, le PS a cette réponse superbe : « Nous avons imposé la loi Métropole parce que vous, élus des communes, représentez les intérêts particuliers. Or l’intérêt général, c’est dommage, mais il faut avoir le courage de le dire, n’est pas la somme des intérêts particuliers ».

Cette auto-proclamation du PS comme garant de l’intérêt général productiviste jette un froid dans l’opposition FdG, qui n’est pas entièrement d’accord avec la mystique mégalopolitaine (rappelons que c’est L’Huma qui a publié un de mes premiers textes contre l’idéologie sarkozyste du Grand Paris ).

Ce ne sera pas la dernière fissure dans l’opposition. Mais auparavant deux nouveaux accrochages.

Solidarité

M. Girard (PS) et Mme Cordillot (PCF) nous font remarquer avec sévérité que nous avons dépensé de l’argent pour payer un hébergement d’urgence, que cette générosité peut nous ruiner, et qu’il y a le 115 pour ça. On assiste alors à un festival anti-solidarité du PS et du Front de Gauche, qui nous reprochent maintenant d’en faire trop pour les plus démunis !! Ce n’est pas nouveau (rappelons nous l’affaire du CGPA, 6 rue Delaune). Mme Cordillot conclut, sentencieuse : « L’hébergement d’urgence conduit à la thrombose si on ne construit pas de HLM. » Sauf que justement il s’agissait d’une famille qui était en Hlm à Villejuif !

Natalie Gandais explique l’affaire : une mère célibataire avec ses enfants contrainte de décamper quelques nuits, en butte à l’hostilité des petits caïds au pied de sa tour. Le 115 ne lui a rien proposé d’autre qu’un hôtel plein de cafards… à Aubervilliers. La famille a pu revenir chez elle grâce à notre ferme intervention auprès du commissariat. Nous sommes décidés à doter Villejuif de notre propre solution d’hébergement d’urgence.

Associations sportives

Incident plus mystérieux, mais assez violent : au moment de désigner les représentants de la municipalité au bureau d’une association destinée à regrouper les associations sportives non membres de l’USV, le communiste Guillaume Bulcourt se lance dans une violente attaque semblant insinuer que Villejuif n’a pas d’argent pour les sports hors-USV. Problème de magot à partager ? A suivre.

TAFTA

Vers 1 heure du matin, tout le monde étant épuisé, le Front de Gauche et le MRC sortent un vœu demandant l’arrêt des négociations TAFTA et déclarant Villejuif « hors-TAFTA », comme Sevran.

Le Tafta (traité de libre commerce transatlantique) est actuellement négocié dans le secret. Il ne porte pas sur le libre-échange (déjà réalisé entre ces deux blocs) mais aurait pour conséquence d’empêcher ces deux démocraties de voter de nouvelles lois de protection du consommateur ou de l’environnement : il faudrait indemniser les entreprises !

Immédiatement, JF Harel, leader historique de la droite villejuifoise (qui s’est vite séparé de notre majorité Union citoyenne) s’y déclare favorable, sur un discours humaniste. Et notre maire « UMP » approuve (par gaullisme social ? mais attention, il est aussi farouchement européen). Mais nos élus PS bloquent (évidemment, ils se doutent que Hollande –Valls finiront par signer), et annoncent une « abstention sympathique ».

J’interviens pour proposer le report au prochain conseil municipal (le 11 juillet) afin d’obtenir un vote unanime, sans trop d’illusion sur l’évolution du PS. À la sortie, on rigole avec Marc Badel, du MRC, sur cette seconde « convergence anti-PS », c’est à dire anti-libérale. Le débat politique à Villejuif redevient normal... et cordial.

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Commentaires

1 Message

  • matthieu d. 22 juin 2014
    12:01

    Nous avons imposé la loi Métropole parce que vous, élus des communes, représentez les intérêts particuliers. Or l’intérêt général, c’est dommage, mais il faut avoir le courage de le dire, n’est pas la somme des intérêts particuliers ».

    Il fallait oser le dire !!! Sans doute le moment le plus savoureux de la lecture de ce compte-rendu... Mais c’est hélas l’avis de bien des têtes pensantes qui ont imaginées cette loi. La suite au prochain épisode sans doute

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