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Conseil municipal du 30 septembre

Imprimez !
1er octobre 2019
Alain Lipietz

Le conseil municipal explose (encore) au décollage

Faute de majorité, son budget désavoué, le maire interrompt le conseil dès le premier rapport.

Il s’agit de faire rentrer dans le budget, par une « décision modificative », les excédents de recettes et les dépenses en retard accumulées au fil des ans, et constatés dans les comptes administratifs de juin dernier. Mais les conflits semblent couver au sein de la majorité le Bohellec. Trois de ses membres ne sont pas venus et ont refusé de lui laisser leur mandat. Au moment du vote, nous demandons « à bulletin secret » (ce qui prive le maire de sa voix prépondérante). Un quatrième membre de la majorité lui fait défaut dans l’urne. Le budget modificatif ne passe pas !

Stupeur du maire qui se retourne vers ses conseillers. Long conciliabule. Les élus d’opposition finissent par lui demander si par hasard on ne serait pas en « suspension de séance ». Le maire : « Oui, la séance est suspendue ». On sort savourer la douce soirée de ce début d’automne. Le maire reprend la séance et proclame d’un air sombre « Le conseil est suspendu ! ». On s’en va, à la fois hilares et consternés par tant de sottise.

La sanction d’une enfilade de budgets insincères

C’était pourtant pas compliqué. Nous savions, depuis les comptes administratifs de juin dernier sur la situation au 31 décembre 2018, que le maire, à force d’empiler les budgets insincères depuis 2016, a accumulé pour environ 29 millions d’investissements en retard, et se trouve dépositaire d’une cagnotte (à investir ou pour le fonctionnement) de 33 millions environ non dépensés. A ce train-là, on aurait aussi bien pu ne pas lever d’impôt ou refuser les subventions de l’État et de la Région… Le budget supplémentaire allait être le moins douloureux qui soit. Eh ben non, le maire n’a pas pu trouver une majorité pour le voter.

Comment un retard aussi faramineux a-t-il pu s’accumuler ? D’abord il manque toujours une centaine d’agents, budgétés, mais leurs postes sont non-pourvus, malgré tous les engagements du maire à régler le problème « dans l’année ». Les parents tempêtent aux portes des écoles dont la propreté se dégrade, les structures pour les jeunes sont à l’agonie, les agents restants sont à bout de force, mais rien n’y fait, M. le maire n’embauche pas. Soit en fin d’année un « excédent du budget de fonctionnement » de 11 millions (sur environ 90). Le maire s’enorgueillit d’une gestion si « efficace » : en réalité, c’est entièrement dû à son retard à renouveler les postes nécessaires et budgétisés.

Ensuite, comme il n’y a plus assez d’agents pour instruire les dossiers d’investissements et rédiger les contrats, tout prend du retard : les travaux ne se font pas. L’école du terrain des Réservoirs (« Simone Veil »), programmée sous le mandat de Mme Cordillot, sort enfin de terre six ans après… alors qu’on devrait en être au lancement de deux nouvelles écoles pour faire face à l’accroissement prévu de la population, attirée par une spéculation immobilière effrénée. Le plan d’étanchéité de tous les toits des bâtiments publics, que Natalie Gandais, alors en charge des bâtiments de la ville, avait fait adopter en début de mandat, est tout aussi en retard. Le bulletin Villejuif Notre Ville proclame un tas de nouvelles réalisations : aucune ne sera prête en fin de mandat.

C’est d’autant plus rageant que les taux d’intérêt ont été à leur plus bas historique pendant toute la durée du mandat. Comme dit le prix Nobel d’économie, J. Stiglitz, « Il faut être fou en ce moment pour ne pas s’endetter et dépenser. » Et F. le Bohellec fait partie des fous.

Inutile de reprendre le détail des débats de ce soir : ce sont les mêmes qu’à la séance précédente, en juin, sur le compte administratif, où le désastre avait déjà été constaté. Aux abois, les adjoints du maire hurlent que c’est la faute de la gestion de Mme Cordillot (communiste), que le Conseil départemental (communiste) ne fait pas mieux… Un peu court.

Quand je fais observer que le Syndicat Intercommunal de la Géothermie, que je vice -préside, emprunte à 0,3 % pour accélérer le branchement de nos immeubles à une source de chaleur peu polluante et moins chère, et que Villejuif devrait investir à tour de bras pour préparer la transition écologique face au changement climatique, le maire (qui ne vient jamais aux réunions du Syndicat) lance « Oui, mais vous avez oublié de changer la vieille tuyauterie ! » Ce qui est faux : on avance vite.

Et maintenant ?

Comment les fidèles du maire peuvent-ils encore gober ces maigres excuses ? Et pourquoi le maire a-t-il pris le risque de mettre ce budget au vote, sachant qu’il n’avait sans doute plus de majorité (et encore : l’opposition n‘a pu rassembler tous les mandats de ses propres absents) ?

Sans doute parce que la Chambre des comptes est en train d’inspecter sa gestion, et qu’il doit absolument mettre de l’ordre dans sa gabegie. Bien entendu, il n’a nullement la possibilité ni l’intention d’investir pour 36 millions d’investissements inscrits à ce "budget supplémentaire 2019" dans les 3 derniers mois de l’année 2019, et il n’aura pas le temps de le faire avant les élections municipales de mars 2020. Il a seulement voulu "faire semablant" de dépenser l’argent de la ville de manière utile.

Bon, mais là, tout de suite, que va-t-il se passer ? Sans doute le maire va faire comme d’habitude : essayer d’acheter ou racheter les voix qui lui manquent. Sinon ? Pas grave, il en a tout autant l’habitude : les dépenses prendront un nouveau retard, pendant que le magot accumulé dormira.

Mais ses successeurs (on espère que ce sera les écologistes !!) n’auront guère l’occasion de se réjouir du magot abandonné dans les caisses : il restera une centaine d’agents à embaucher, une pile de travaux urgents en retard, et toutes nos réserves foncières auront été cédées aux promoteurs…

À part ça

Avant ce premier vote, on discute des dépenses du maire pendant l’été. Nous abordons la question des magnifiques palissades ornant désormais les chantiers sur des dizaines de mètres, à la gloire du maire et de sa réélection, avec le slogan « Avec vous, Villejuif se révèle ». Qui payé cette campagne ? La ville ? Le candidat ? Les entreprises ? Le maire répond évasivement. On y revient dans un prochain article.

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Commentaires

1 Message

  • Alain Lipietz 1er octobre
    17:49

    Dans Le Parisien, la « garde rapprochée » du maire livre ses premiers commentaires sur la perte de sa majorité :
    «  Le cabinet du maire s’en étonne d’autant plus que « la délibération prévoit 1 M€ de travaux dans des bâtiments municipaux, la construction de la maison de l’environnement et l’achat de matériel sportif : on ajoutait du service aux Villejuifois ! ». Qu’importe, la garde rapprochée de Franck Le Bohellec l’assure : « rien ne change » et « le mandat du maire se poursuit ». Et puisqu’il n’y est « pas tenu », ce dernier n’a « pas prévu de reconvoquer le conseil municipal dans les prochains jours ». Il restait pourtant, lundi, lors de la suspension de la séance, 55 points à valider à l’ordre du jour. »

    Exactement ce que prévoyait notre article : le maire va tranquillement attendre pour aborder ces 55 points, dont beaucoup portent… sur des dépenses à réaliser, y compris pour achever l’école Simone Veil !
    Le maire s’en fiche, ça fait des années qu’il laisse trainer des investissements en attente, pour pouvoir écrire « Je fais des économies ! » Il peut attendre, tant qu’il n’aura pas racheté une ou deux voix de majorité, il peut attendre le 15 mars : les besoins des habitants ne sont pas son problème.

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